Au 75 Boulevard du Montparnasse est niché le théâtre de Poche, un établissement culturel dans lequel de nombreux grands comédiens se sont succédé sur les planches pour se donner en spectacle. Coline Serreau, Patrick Dewaere, Brigitte Fossey, Claude Berri ou encore Judith Magre qui s’y produit encore… S’il existe encore en 2026, c’est sans doute grâce à l’investissement et au rachat du lieu par le journaliste spécialisé dans le théâtre Philippe Tesson. C’est en 2011 qu’il se réapproprie cette adresse devenue chère à son coeur : “Le théâtre est le lieu d’où l’on voit ce qui se passe avec la distance nécessaire pour ne pas céder à la peur, à la haine, à l’ennui, à l’angoisse ou - pire - à l’emprise des distractions consensuelles et technologiques” avait-il confié au Point en 2020.
Si Philippe Tesson a disparu en 2023 à l’âge de 94 ans, le théâtre de Poche n’est fort heureusement pas mort avec lui. Il a d’ailleurs été repris par une personne en qui il aurait sûrement placé toute sa confiance de son vivant : sa propre fille Stéphanie.
Au Figaro, la comédienne de 56 ans s’est confiée sur ce rôle qu’elle assume pleinement et qu’elle aime plus que tout : “C’est un endroit très humain. Ici, ce sont des histoires de famille et aussi le conservatoire, le musée vivant de l’ancien monde. Il y a bien sûr l’histoire du lieu mais il y a surtout une atmosphère de liberté. J’essaie de tenir la parole de mon père et sa recette alchimique, à savoir un équilibre reposant sur un énorme éclectisme et le paradoxe des choix. Mais avec un dénominateur commun : une grande valeur ajoutée humaine.”
Dans la famille Tesson, il y avait donc le père Philippe, la mère Marie-Claude et les enfants Stéphanie, Sylvain, victime d'un accident qui a failli lui coûter la vie, et la petite dernière Daphné Tesson. Avec tout ce petit monde, une sacrée ambiance pouvait parfois régner chez eux : “Le théâtre était aussi à la maison. Des grandes scènes de famille. Il y avait tout le temps des fêtes, du piano, des engueulades, des contradictions, des pièces que nous n’arrêtions pas de jouer. Nous écrivions tout le temps. Autour de moi, des caractères très trempés, des drames, des déchirures, des éclats de rire… Bref, c’était complètement tellurique et fou” admet Stéphanie Tesson.
Cet héritage familial, la dramaturge qu’elle est devenue l’a dans le sang forcément mais elle a également voulu l’emmener un peu plus loin grâce à la scène et cette passion qu’elle avait en commun avec son père : “Mon papa a peut-être, à travers ses enfants, assouvi un rêve qu’il n’a pas pu réaliser adolescent à cause de la Seconde Guerre mondiale. [...] Ce qui est très beau dans l’histoire du Théâtre de Poche, c’est que notre papa a fait ses études à Stanislas, c’est-à-dire derrière le portail du fond de l’impasse. Le théâtre a la même sortie de secours que son ancien lycée ! Il y avait une prédestination dans toute cette histoire, non ?” Personne n’a la réponse à cette question mais une chose est sûre, son père doit être très fier d’elle.