C’est une tragédie qui avait ému la France entière et plongé le monde de la gastronomie dans une profonde détresse. Dans la nuit du dimanche 8 mai 2022, en plein cœur de Paris, Antoine Alléno, jeune cuisinier talentueux de 24 ans, perdait tragiquement la vie. Alors qu'il attendait tranquillement à un feu rouge sur son scooter, il a été mortellement fauché par un chauffard ivre au volant d'une voiture volée. Un choc d'une violence inouïe qui l'a tué sur le coup. Depuis ce jour funeste, son père, le chef, Yannick Alléno, son frère aîné Thomas et sa mère se sont mobilisés sans relâche pour que ce drame ne tombe jamais dans l'oubli. Invité récemment au micro du podcast YouTube Le Prisme du Luxe, Thomas Alléno est revenu sur le sujet de la résilience. “Il y a un sujet qu'on connaît tous, c'est la perte de mon frère Antoine”, commence-t-il par confier, la voix empreinte d'émotion. Pour lui, ce départ a tout brisé sur son passage : “J'ai perdu mon meilleur pote, j'ai perdu mon frère, j'ai perdu mon avenir, j'ai perdu mon passé. Enfin, j'ai pas perdu mon passé mais j'ai perdu des repères. Antoine, c'était mon repère.”
Face à ce vide abyssal, la question de la survie s'est immédiatement posée pour le clan. Pour Thomas, “la résilience, elle est dans qu'est-ce qu'on fait de ça ? Qu'est-ce qu'on fait de ce drame ? Qu'est-ce qu'on fait pour transformer notre douleur en quelque chose de positif ?” C'est de ces questionnements qu'est née l'Association Antoine Alléno, un projet salvateur imaginé presque au lendemain du drame. Thomas se souvient très précisément des mots de son père, le chef multi-étoilé Yannick Alléno, qui a tout de suite voulu réagir : “Mon père m'a dit : "Écoute, Antoine, il peut pas partir comme ça. Il faut qu'on fasse quelque chose, il faut qu'on lui rende hommage, il faut qu'on se donne aussi un objectif pour rester debout parce qu'on va être à terre encore un moment et ça va être dur."” Ce combat quotidien est ainsi devenu leur moteur pour avancer. “C'est un peu cette promesse qu'on s'est faite avec ma mère et avec papa, c'est de se dire “on s'arrêtera le jour où Antoine sera plus connu que Coluche””, glisse Thomas. Un objectif ambitieux mais nécessaire pour honorer la mémoire d'un jeune homme qui était “énormément tourné vers l'autre” et qui “tendait toujours la main”. Thomas espère que ce drame serve à “sauver des gamins demain”, une mission dont Antoine aurait été profondément fier.
“Ce sujet de résilience finalement, il est de comment tu peux transformer ce que tu as vécu de pire en quelque chose de positif”, analyse Thomas avec beaucoup de recul. Et s'il y parvient aujourd'hui, il sait pertinemment à qui il le doit : "Ça, je le dois beaucoup à mon père qui a été là aussi pour prendre les émotions de tous et de se dire "Écoutez, je prends ça sur mes épaules, on va se relever, on va se battre et on va y arriver."" Car, en effet, dans cette douloureuse quête de reconstruction, le fils de Yannick Alléno ne tarit pas d'éloges sur l'attitude héroïque de son père.
Yannick Alléno, qui a refait sa vie et épousé la sculptrice Laurence Bonnel en 2015, a su endosser le rôle de chef d'orchestre du deuil familial, prenant sur lui pour maintenir le reste du clan hors de l'eau. Un rôle d'autant plus difficile à tenir qu'il fallait gérer de nombreux fronts simultanément. Thomas rappelle ainsi qu'il a fallu “nous relever nous, relever la famille, relever ma maman, mais aussi relever les entreprises”, soulignant la pression supplémentaire qui pesait sur les épaules du grand patron : “C'est aussi compliqué quand on est chef d'entreprise, on n'a pas le droit de s'arrêter finalement.”
Une force de caractère qui suscite le respect, et qui permet aujourd'hui à la mémoire d'Antoine de continuer à briller à travers de magnifiques actions de solidarité.
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