Le service public est malmené ces dernières semaines, et c’est le moins que l’on puisse dire. En cause ? Une enquête de la commission parlementaire qui fait défiler, un à un, les visages les plus influents du paysage audiovisuel français. Parmi les personnalités les plus visées par les foudres des députés, on retrouve Delphine Ernotte-Cunci.
À 59 ans, celle qui préside France Télévisions depuis 2015 voit sa gestion passée au crible. Mariée au comédien Marc Ernotte et mère de deux enfants, la dirigeante doit faire face à une pression constante. Mais derrière les débats sur la ligne éditoriale ou le déficit du groupe, une question brûle toutes les lèvres : combien gagne réellement la patronne du premier groupe audiovisuel de France ? Une interrogation à laquelle Delphine Ernotte a répondu il y a de ça déjà quelques mois.
Charles Alloncle, rapporteur de la commission, n'a pas pris de gants pour dresser un constat alarmant de la santé financière du groupe. Il a rappelé que la Cour des comptes faisait état d'une situation de "quasi-faillite" selon le Code du commerce, avec un déficit cumulé de 81 millions d’euros et des capitaux propres exsangues. Dans ce contexte de crise, le député s'est alors étonné, un brin insolent : “La Cour des comptes nous a appris, madame la présidente, que vous bénéficieriez, cette année, d’une prime de performance.” Avant de questionner : “Est-ce que vous pouvez nous donner le montant exact de votre rémunération ?”.
En face, la réponse limpide de Delphine Ernotte ne s'est pas fait attendre. “Le salaire dans sa forme, avec une part fixe et une part variable, tel qu'il est prévu pour moi aujourd’hui est exactement le salaire qui a été décidé pour Rémy Pflimlin en 2010 par Nicolas Sarkozy. À l’euro près”, a-t-elle martelé, rappelant que depuis 15 ans, le curseur n'a pas bougé. Et de rappeler clairement : “Après, on peut discuter, est-ce que c’est trop ou pas assez. C’est pas moi qui décide. Vous l’avez bien rappelé, c’est, en effet, le ministre des Finances.” Pour couper court aux fantasmes, son secrétaire général, Christophe Tardieu, a alors pris le relais pour livrer des chiffres déjà “publics” comme il le rappelle. Le salaire de Delphine Ernotte se monte à 332 000 euros fixe, auxquels peut s'ajouter une part variable d'un maximum de 78 000 euros. Au total, la rémunération brute peut donc atteindre, dans le meilleur des cas, les 400 000 euros par an.
Face aux doutes soulevés par la commission sur l'attribution de tels bonus, la direction de France Télévisions a tenu à préciser les règles de gouvernance très strictes qui encadrent ces sommes. Christophe Tardieu a insisté sur le fait que, contrairement à ce que la commission pourrait laisser entendre, Delphine Ernotte n'a absolument pas la main sur son bulletin de paie. “Je précise que la présidente n’intervient pas dans les discussions avec l’État sur le montant de sa part variable”, a-t-il expliqué pour rassurer les parlementaires. Le processus est d'ailleurs conçu pour être le plus neutre possible : lorsque le montant est examiné et doit être approuvé par le conseil d’administration du groupe, la présidente applique une règle de "déport". En clair, elle ne siège pas pendant toute la durée des délibérations concernant sa rémunération. Un protocole de transparence qui vise à protéger l'institution de toutes suspicions, encore plus en ces temps hostiles.
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