À l'occasion de la sortie de son nouvel album "Volatil", Zazie s'est livrée dans les colonnes de "La Tribune Dimanche". L'artiste de 62 ans y partage son désenchantement citoyen face à une classe politique qu'elle juge de plus en plus déconnectée. Après plus de trois décennies passées à composer la bande-son de nos vies, Zazie refuse plus que jamais la langue de bois. Alors qu'elle signe son retour avec Volatil, son douzième album studio, la chanteuse de 62 ans porte un regard à la fois lucide, inquiet et désabusé sur l'état du débat public. Interrogée par Éric Mandel dans les colonnes de La Tribune Dimanche, l'interprète de Zen ne cache plus son profond désarroi au moment de se rendre aux urnes. Fidèle à sa liberté de parole, Zazie pointe du doigt une rupture de plus en plus nette entre les dirigeants et la vie quotidienne des citoyens : "Je ne sais plus trop pour qui voter tellement je trouve les politiques hors-sol."
Une phrase qui résume le regard désabusé que la chanteuse porte aujourd'hui sur la politique nationale. L'artiste ne semble pourtant pas avoir renoncé à s'intéresser à la vie publique. Au contraire, cette inquiétude nourrit aussi son travail artistique et les réflexions qui traversent son nouvel album. Une amertume qui infuse d'ailleurs directement les textes de son nouveau disque. Écrit en grande partie à son vieux piano droit baptisé "Petit Soleil", ce projet musical aborde sans détour les fractures de l'époque, avec notamment les tensions du monde contemporain et les grandes préoccupations qui traversent la société. La chanteuse revendique ainsi un album engagé, tout en conservant cette touche d'autodérision qui accompagne son écriture depuis ses débuts. Elle s'amuse notamment d'avoir parfois "fait [son] Arlette Laguiller" en posant ses mots sur partition.
Si la classe dirigeante nationale lui semble souvent trop éloignée des réalités du terrain, l'autrice-compositrice fait néanmoins une exception notable pour les élus de proximité. Zazie confie en effet conserver une réelle considération pour les maires, confrontés au jour le jour aux besoins concrets et aux difficultés de leurs concitoyens. Une distinction qui en dit long sur ce qu'elle attend de la politique : davantage de proximité et une meilleure compréhension de la vie quotidienne. Cette franchise politique intervient aussi après un épisode particulièrement désagréable pour la musicienne. L'été dernier, son image avait été détournée sur les réseaux sociaux pour propager un faux appel au vote et des prises de position fictives. Une manipulation numérique qui avait provoqué sa vive colère.
Zazie avait alors tenu à mettre les choses au clair et à rappeler qu'elle ne souhaitait pas que son nom soit utilisé pour influencer les électeurs : "S'il y a une chose à laquelle je tiens, c'est qu'on n'invoque pas mon nom pour demander à de pseudofollowers de voter pour ou contre tel ou tel candidat, tel ou tel parti." Pas question donc pour Zazie de distribuer les bons points ou de transformer ses scènes en tribunes politiques. Si elle accepte de partager ses interrogations et ses inquiétudes, l'artiste tient à préserver la liberté de son public. Pour elle, la musique doit rester un espace de réflexion et d'émotion partagée, sans jamais dicter aux auditeurs ce qu'ils doivent penser. Une position qui correspond finalement à l'esprit de Volatil, présenté comme l'un de ses albums les plus engagés, mais aussi traversé par l'autodérision et la mélancolie qui caractérisent son univers