Du champagne pour les stars de la Côte, mais surtout du très bon rosé de Provence pour Vincent Bolloré ! Le 13 septembre 2000, l'AFP officialisait un coup d'éclat mémorable sur la presqu'île de Saint-Tropez. La holding Bolloré Investissement venait de s'offrir deux des plus grandes exploitations viticoles de la région, situées sur la commune de La Croix-Valmer, à la suite d'une décision du tribunal de commerce.
Les vignobles de La Croix et de la Bastide Blanche, représentant 200 hectares au total, étaient placés en liquidation judiciaire depuis 1991 avec un passif de plus de 100 millions de francs. Pour rafler la mise, l'homme d'affaires breton n'a pas hésité à aligner les billets : les domaines ont été acquis pour 70,50 millions de francs (10,75 millions d'euros), soit "20 millions de plus que l'estimation judiciaire", douchant au passage les espoirs de dix autres candidats, dont l’ancien international de football Jean Tigana et le Conservatoire du Littoral.
Si l'association locale "Vivre dans la presqu'île de Saint-Tropez" avait alors fait part de sa "grande déception", espérant que "les vins de Provence conservent leurs lettres de noblesse", le groupe Bolloré avait immédiatement calmé le jeu. Un porte-parole déclarait alors : "C'est un achat dans le cadre d'un placement patrimonial, un investissement à long terme avec un certain nombre d'engagements que nous respecterons".
Le plan de cession prévoyait en effet de "poursuivre le développement des domaines en sauvegardant l'emploi tout en réalisant les investissements nécessaires à leur réhabilitation." De son côté, le maire de l'époque, Pierre Bérenguier, prévenait qu'il veillerait au grain sur ce site classé, tandis que la justice consulaire jurait de surveiller le dossier pour que les terres "ne soient pas à la merci d'une stratégie de spéculation immobilière".
Ce rachat marquait surtout le début d'une nouvelle ère pour le Domaine de La Croix, véritable poumon historique de La Croix-Valmer. Né en 1882 sous l'impulsion d'Albert de Vrégille, un ancien militaire passionné d’œnologie, le domaine cache une histoire fascinante. En effet, la légende raconte que l’empereur romain Constantin s’y serait arrêté en 312, frappé par la vision d'une croix dans le ciel lui dictant : "Par ce signe, tu vaincras".
Après une époque dorée au début du XXe siècle, rythmée par les récoltes de crus classés et l'essor du tourisme de luxe autour de son "Grand Hôtel", le domaine avait lourdement souffert des stigmates de la Seconde Guerre mondiale, frôlant la faillite dans les années 1950.
Vingt-six ans après ce rachat historique à l'aube du nouveau millénaire, on peut dire que le pari est plus que réussi. Loin des fantasmes de bétonnage, le groupe a injecté les millions nécessaires dans une restructuration titanesque : 80 % des vignes ont été renouvelées et un chai ultra-moderne est sorti de terre. Une métamorphose spectaculaire qui permet aujourd'hui au Domaine de La Croix de trôner fièrement sur les plus belles tables de la Riviera.
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