Pour les téléspectateurs, c'est un visage familier du petit écran qui, depuis 1992 et son entrée au service politique étrangère de France 2, leur donne des nouvelles du monde. Cambodge, Angola, Irak, Bosnie, Centrafrique, Tchétchénie, Soudan du Sud, Congo, Gaza, Mali, Niger...
À 58 ans, Dorothée Olliéric a vécu tous les conflits, vu toutes les horreurs, des femmes enceintes éventrées à la machette au Rwanda aux charniers ukrainiens. Elle a échappé à la mort une bonne douzaine de fois, malgré un pistolet posé sur son front par un milicien à Brazzaville ou un simulacre d'exécution au Caire en 2013.
À ce terrible CV ne manque qu'un pays, la Syrie. En 2012, après la mort du journaliste Gilles Jacquier, la native de Nantes a promis à ses enfants de ne pas s'y rendre en reportage. Jacquier était un ami proche de sa famille.
Dorothée Olliéric n'est pas une tête brûlée solitaire. Elle a deux enfants : un garçon, Félix, 22 ans, et une fille, Castille, 20 ans. Leur père, qui est toujours son compagnon, est une figure également connue de la petite lucarne. Ancien journaliste sur Canal+ ou Europe 1, Philippe Vandel, qui a quitté sa dernière émission le coeur serré, officie actuellement à La Tribune dimanche. Journal dans lequel la femme de sa vie vient de donner un entretien pour promouvoir Maman s'en va-t-en guerre : Ma vie de grand reporter, son autobiographie à paraître le 4 septembre aux éditions du Rocher.
Dorothée explique avoir écrit ce livre pour ses enfants, Félix et Castille : "Afin qu'ils comprennent pourquoi je pars – avec mon gilet pare-balles et mon casque lourd – aux quatre coins du monde : Tchétchénie, Afghanistan, Irak, Mali, Ukraine et autres terrains où l'existence est fragile, menacée. Mon métier, je l'ai choisi, mais aussi imposé à ma famille. Je n'ai jamais voulu arrêter, je l'aime passionnément. J'espère que vous ne me jugerez pas." Comme elle l'explique, Philippe Vandel ne lui en a jamais voulu de prendre des risques, s'attachant à protéger leur progéniture : "Quand je passais à la télé, Philippe les appelait seulement à la toute fin du reportage, une fois les images violentes diffusées, et ils accouraient pour regarder mon plateau de quinze secondes. Il ne m'a jamais fait de reproches et m'a toujours dit : 'Quand je t'ai rencontrée, tu étais déjà reporter de guerre, donc je le savais !'"
© BestImage, ALAIN GUIZARD / BESTIMAGE
Dans son livre, Dorothée Olliéric confie ce qui fut son quasi-quotidien pendant des années. Désignant la porte d'entrée de son appartement parisien, elle explique : "C'est là que je dis à chaque fois à mes enfants "Maman t'aime" avant de partir dans un pays en guerre. C'est le moment le plus douloureux du reportage, ça me retourne le coeur. J'ai souvent pleuré une fois arrivée dans le taxi."
Elle a prononcé ces mots la première fois en 2002 avant de s'envoler pour l'Afghanistan. Félix n'avait pas encore 3 mois. "J'ai écrit ce livre pour leur expliquer pourquoi je risque ma vie avec ce métier de passion. Leur dire qu'une mère épanouie est au final une meilleure mère." Même si "c'est quelque chose de terrible de partir dans un endroit où l'on sait pertinemment que l'on peut mourir et laisser ses enfants orphelins. Rater des anniversaires est aussi quelque chose qui m'a rendue malade, même si j'étais très présente auprès d'eux quand j'étais à Paris. J'espère qu'ils me pardonneront."
Dans La Tribune dimanche, Castille la rassure : "Je ne l'ai pas du tout mal vécu. Je suis tellement fière qu'elle soit ma mère, vous ne pouvez pas imaginer. Pour moi, elle incarne le courage, la bienveillance et l'humanité." Un hommage qui vaut tous les prix Albert Londres.
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