Il y a un an, il finissait sur les poteaux de Koh-Lanta… Mais c’est un tout autre défi qui attend aujourd’hui Jérôme Molas. Il vient d’être élu maire de la commune d’Arles-sur-Tech, dans les Pyrénées-Orientales, un département qui lui est cher. À quelques heures de revêtir officiellement l’écharpe tricolore de premier magistrat, l’ancien aventurier a pris le temps de répondre aux questions de Purepeople. Il évoque son nouveau rôle, les exigences qu’il s’impose, ce que Koh-Lanta lui a apporté, et cloue le bec de ceux qui estiment qu’il se serait engagé en politique en raison de la notoriété acquise durant l’émission de TF1.
Purepeople : Félicitations pour votre élection Monsieur le maire, même si ce n'était pas vraiment une surprise, puisque vous étiez seul en lice…
Jérôme Molas : Certes, mais j'ai voulu faire comme s'il y avait plusieurs listes. Je tenais à asseoir ma légitimité et à mobiliser les habitants. Et ça a fonctionné : on a atteint le même taux de participation qu'en 2020, alors qu'il y avait deux listes cette année-là. Avec 54 % de participation, je suis très content que les Arlésiens et les Arlésiennes se soient déplacés, c'est une vraie preuve d'adhésion à mon projet.
Comment vivez-vous cette prise de fonction ?
Dans la continuité, honnêtement. J'étais déjà premier adjoint, et ces six derniers mois, le maire sortant m'a laissé davantage de place pour me faire la main. J'ai eu le temps de m'imprégner des dossiers, je sais dans quoi je m'embarque, mes marques sont prises : il n'y a plus qu'à travailler avec ma nouvelle équipe.
Quel est votre programme pour Arles-sur-Tech ?
Nous sommes dans une zone rurale, un peu enclavée. Ma priorité, c'est de relancer l'attractivité à travers un espace de stationnement disponible dans le village, sur lequel je veux développer des commerces accessibles. C'est la problématique classique des centres-villes de petites communes rurales. En parallèle, nos bâtiments communaux ont besoin d'un grand programme d'entretien.
D'autres ambitions pour le mandat ?
Je n'ai jamais vendu du rêve. Ce qui me tient à cœur, c'est aussi de relancer le tourisme. On n'a pas été très performants sur les six dernières années. On dispose pourtant d'atouts réels : une abbaye remarquable, ainsi que ce sarcophage avec son eau mystérieuse, qui avait été mis en avant par l'émission Mystère. Et puis, nous avons le label Ville et Métiers d'Art, qui nous permet d'animer le centre-ville avec des boutiques éphémères, notamment l'été, car nous avons beaucoup d'artistes dans le village.
Un sarcophage à l'eau mystérieuse ?
C'est un sarcophage qui se remplit d'eau, seul, de manière inexpliquée. Cette eau est réputée pour ses vertus guérissantes. Il y a des témoignages de brûlures soignées grâce à elle.
Vous avez une étiquette politique ?
Non, je suis sans étiquette. Je suis artisan, et je ne souhaite pas m'engager en politique partisane : ce ne serait pas bon pour mon entreprise. Au-delà du programme, ce à quoi j'attache vraiment de l'importance, c'est le quotidien des habitants. Être à leur écoute, répondre aux petites choses : refaire un passage piéton, rénover un trottoir, refleurir un espace vert. Ce sont des détails, mais ils comptent énormément pour les gens. J'en étais déjà responsable en tant qu'adjoint aux travaux.
Quelles sont les qualités essentielles d'un bon maire, selon vous ?
L'écoute, avant tout. Mais aussi la capacité à représenter sa commune à l'extérieur, chez nous, vers Perpignan et la plaine. Il faut savoir défendre ses projets, aller chercher les financements auprès du département, de la région, de l'Europe. Être efficace au-dehors pour faire rayonner le village.
Beaucoup de Français vous ont découvert il y a un an dans Koh-Lanta : La Revanche des quatre terres. Est-ce que l'émission a influencé cet engagement municipal ?
Pas du tout. Avant même que je parte faire Koh-Lanta, le maire m'avait déjà proposé de lui succéder. Il était au courant de ma participation à l'émission. Je lui ai demandé de me laisser vivre cette aventure et d'attendre la diffusion avant de prendre ma décision définitive : certains candidats revenant transformés, je ne voulais pas m'engager sans être sûr de moi. Quand je suis rentré, j'avais les idées claires. Koh-Lanta a été une confirmation : j'étais prêt à me mettre au service d'Arles-sur-Tech.
Faire Koh-Lanta, ça aide pour faire de la politique locale ?
Non, ce sont deux choses totalement différentes. Certains, qui ne me connaissent pas, écrivent à droite ou à gauche que je me suis présenté à la mairie parce que j'avais fait de la télé. Il n’y a rien de plus faux, et les Arlésiens le savent. Ça fait six ans que je travaille pour cette commune, souvent dans l'ombre. Je préfère être reconnu pour mon travail d’élu plutôt que pour ma participation à Koh-Lanta, même si l’émission m’a apporté quelque chose de concret : la confiance en moi à l'oral. J'avais du mal à prendre le micro, à parler en public. L'expérience m'a vraiment aidé sur ce point.
La politique, c'est un monde qui peut créer des inimitiés. Vous avez des ennemis ?
On en découvre, oui. Chacun défend ses intérêts, c'est humain. Moi, je ne me considère comme l’ennemi de personne, mais je réalise que certains autour de moi le vivent différemment. Je suis toujours ouvert à la discussion, au compromis. Ce qui est plus difficile, c'est quand on tombe sur des gens fermés, qui ne veulent pas entendre. Il faut faire avec la nature des uns et des autres. On ne peut pas plaire à tout le monde.
Les téléspectateurs se souviennent de l'énorme coup de bluff que vous avez réussi avec un faux collier d'immunité. C'est vous qui avez eu l'idée ?
Oui, avec Claire. On était deux contre cinq, en nette minorité. On avait eu la chance de récupérer un faux collier, et on a fait croire aux cinq autres candidats qu'il nous immunisait tous les deux pour le prochain conseil. Ça a suffi à faire exploser leur alliance et à renverser complètement le jeu.
Vous qui semblez être un homme intègre, ça ne vous a pas gêné de mentir ?
C'est un jeu. Soit on joue, soit on perd. L'instinct de survie a parlé. Dans la vraie vie, je n'aurais pas joué avec les sentiments des gens. C'est un coup de bluff, comme au poker. Pour moi, ce n’est pas un mensonge. La preuve, tous les autres candidats nous ont félicités. D'après Denis Brogniart, c'était même le plus grand coup de bluff de l'histoire de Koh-Lanta.
Vous n'aviez pas été choisi pour la finale. Vous l'avez compris ?
Oui, tout à fait. Ils avaient fait les trois quarts de l'aventure ensemble, les liens étaient forts, c'était logique qu'ils se choisissent entre eux. Pour le spectacle, j'aurais aimé qu'ils m'incluent, vu le coup de bluff et les cinq épreuves remportées. Mais je ne leur en veux pas, j'aurais probablement fait pareil à leur place.
Quel métier exercez-vous ?
Je suis artisan peintre depuis l'âge de 16 ans. J’ai deux employés. Avec mon mandat de maire, je vais m'organiser en deux temps : les matins pour l'entreprise, les après-midi pour la mairie. Et comme je travaille sur la commune, je peux switcher rapidement si une urgence se présente d'un côté ou de l'autre.
Vous êtes marié, vous avez deux enfants de 15 et 10 ans. Qu'est-ce que vous aimeriez leur transmettre comme valeurs ?
Qu'avec du travail et de la volonté, tout est accessible. Je ne crois pas au hasard, je crois aux efforts. Si on se donne les moyens, on peut aller loin. Il faut croire en ses rêves.
Vous regardez la nouvelle saison de Koh-Lanta ?
Oui, en famille, c'est devenu un rendez-vous. On n'a pas encore de favori, c'est le début, on regarde comment ça se construit.
Pourriez-vous repartir si on vous le proposait ?
Je ne pense pas. Je préfère rester sur cette belle aventure telle qu'elle est. J'ai 43 ans, j'ai gagné cinq épreuves, j'ai réussi un beau coup de bluff qui restera dans l’histoire de l’émission, et je suis reparti avec une bonne image et de bons souvenirs. J'aurais peur d'abîmer tout ça. Ma nouvelle aventure, c'est d'être maire d'Arles-sur-Tech !
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