Le nom de Jérôme Kerviel continue de déchaîner les passions. Invité il y a quelques jours sur le média en ligne Legend, l'homme de 49 ans s'est livré sur l'enfer judiciaire et financier qu'il traverse depuis plus d'une décennie. Le titre de la vidéo donne le ton : "Il est condamné à rembourser 5 milliards d'euros". Un chiffre irréel qui a immédiatement bouleversé la toile.
Émus par le destin de cet homme écrasé par la plus grande dette individuelle de l'histoire, de nombreux Français ont eu une idée folle : ouvrir une cagnotte en ligne pour l'aider à payer et le libérer de ce fardeau. Touché par cet élan de générosité, l'ancien banquier a tenu à répondre à ses soutiens dans un long message publié sur son compte Instagram officiel. Saluant la "bienveillance" et la "force incroyable" des internautes, il a toutefois opposé un refus catégorique à toute aide financière.
"Je suis sincèrement touché et ému par cette marque de soutien. Savoir que des personnes pensent à moi de cette façon est déjà immense. Mais je ne peux pas accepter que d'autres portent ce fardeau à ma place." Pour Jérôme Kerviel, pas question que les citoyens paient pour un système financier qu'il combat depuis des années.
Son combat n'est pas financier, il est moral : "Ce qui me porte depuis toutes ces années, ce n'est pas l'idée que l'on règle mes problèmes, mais que l'on continue à chercher la vérité et à croire en la justice. Si un jour cette dette doit être effacée, j’espère que ce sera parce que les faits auront été pleinement établis, et que les responsabilités de chacun auront été reconnues, et non parce que des citoyens auront payé pour moi."
Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à 2008, année où éclate le plus grand scandale financier de l'histoire française. À l'époque, le jeune trader de 31 ans est accusé par son employeur, la Société Générale, d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la banque par des prises de position non autorisées sur les marchés financiers.
En 2010, le verdict tombe : il est condamné à 5 ans de prison (dont 3 fermes) et, surtout, à rembourser l'intégralité des 4,9 milliards d'euros de pertes à la banque. Se transformant en lanceur d'alerte et entamant une bataille pour dénoncer les dérives du système bancaire, Jérôme Kerviel a toujours affirmé que sa hiérarchie connaissait et couvrait ses agissements tant qu'ils rapportaient de l'argent.
En 2016, la Cour d'appel de Versailles a ramené les dommages et intérêts à 1 million d'euros, estimant que la Société Générale avait commis des fautes dans ses contrôles. Aujourd'hui, même si le montant de 5 milliards reste gravé dans les mémoires et dans l'histoire judiciaire, Jérôme Kerviel refuse la charité. "Le plus beau soutien que vous puissiez m’apporter, c’est de continuer à croire que la vérité finit toujours par trouver son chemin. Votre présence, vos mots et votre fidélité ont, à mes yeux, bien plus de valeur que n’importe quelle somme d’argent", a-t-il conclu.