Le sable et les pins de l’île de Ré ont remplacé les couloirs d’un tribunal froid et surmédiatisé. Après des mois d’audience dans l’affaire dite des viols de Mazan qui a conduit à la condamnation de Dominique Pelicot à vingt ans de réclusion criminelle, Gisèle Pelicot tente aujourd’hui de se reconstruire. Loin du tumulte, elle avance, un pas après l’autre comme elle le raconte dans une entrevue avec le magazine Le Figaro suite à la sortie de son livre Et la joie de vivre.
Alors que de nombreuses polémiques ont entouré la sortie de ce livre, elle a décidé de se dévoiler avec une sincérité rare notamment sur le choix de ce titre. "Cette joie de vivre, je pense qu’elle fait partie de mon ADN", explique-t-elle. Malgré les drames, elle revendique une capacité à se relever. Elle voulait, dit-elle, "donner de l’espoir aux femmes qui, comme moi, ont pu, un jour, se sentir démunies". L’écriture a été une étape décisive. "Durant toute la procédure, on m’a qualifiée de victime. Aujourd’hui, je ne veux plus de ce statut", affirme-t-elle. Mettre des mots sur l’indicible fut une manière de reprendre la main : "J’ai mis mon âme à nu dans ce livre", confie-t-elle encore.
Aujourd’hui, Gisèle Pélicot a choisi de s’installer sur l’île de Ré. Un moyen de se reconstruire loin de son ancienne vie. C’est dans ce décor paisible qu’elle a rencontré son bien-aimé. Gisèle Pelicot le dit sans détour : "Je vis sur l’île de Ré avec mon nouveau compagnon. Je n’ai jamais pensé que je pourrais retomber amoureuse", confie-t-elle. Leur rencontre s’est faite simplement, "par des amis communs".
L’amour, après l’épreuve, a pris une dimension presque inespérée. "Il m’a raconté qu’il avait perdu sa femme après l’avoir accompagné durant de longs mois de maladie. Son histoire m’a touchée. Nos drames nous ont rapprochés", explique-t-elle dans Le Figaro. À son âge, aimer à nouveau est un cadeau : "Nous n’imaginions pas qu’à nos âges il nous soit donné d’aimer à nouveau." Si l’amour est au rendez-vous, sur le plan de la santé, elle avance avec prudence. "J’ai subi une intervention en novembre", révèle-t-elle, évoquant les conséquences médicales des violences subies. Des contrôles sont encore prévus, mais elle affirme aujourd’hui être "une femme apaisée". "J’entre dans ma 74e année et j’ai la chance d’être en bonne santé."
Sa relation avec ses enfants, en revanche, reste plus complexe. "Mon fils Florian est toujours à mes côtés", dit-elle avec émotion. Pour Caroline, la situation est plus douloureuse. "Elle est en souffrance", reconnaît-elle, évoquant les images insoutenables découvertes lors du procès. Malgré tout, elle garde l’espoir : "J’espère qu’un jour, on arrivera à se retrouver tous ensemble." Ce qui la guide désormais ? La sérénité. "Avoir une vie sereine et apaisée", répond-elle lorsqu’on lui demande ce qu’elle espère pour la suite. Mais elle ajoute une précision essentielle : "Le combat continue… Le plus intime : celui que je mène pour m’autoriser à être heureuse."
Sur l’île de Ré, Gisèle Pelicot tente précisément cela : s’autoriser à être heureuse. Loin des regards accusateurs, elle marche main dans la main avec son compagnon. Une nouvelle vie commence.
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