À l'approche du coup d'envoi de sa tournée sobrement baptisée "Des adieux", programmée dès le 3 octobre en Bretagne, Hubert-Félix Thiéfaine sait désormais que le temps lui est compté. Atteint d'une maladie évolutive et incurable, l'artiste aborde pourtant l'épreuve avec une sérénité désarmante. "La mort ne lui fait pas peur", confie sans détour Francine, son épouse depuis quarante-quatre ans. Loin de s'effondrer ou de renoncer, l'auteur-compositeur a choisi de jeter toutes ses forces dans la musique pour retrouver une dernière fois son public, entouré de ses musiciens et de ses deux fils, Lucas à la batterie et Hugo au management. Une préparation qui a été évoquée dans les colonnes de Paris Match ce jeudi 1er octobre.
Cette franchise totale sur son état de santé tranche avec le silence observé lors de l'annonce de la tournée au printemps dernier. Les premières alertes remontent au courant de l'année 2025, quelques mois après la clôture de sa précédente série de concerts, achevée en septembre 2024. Ses proches remarquent alors des attitudes inhabituelles et des réactions inconnues jusqu'ici. D'abord attribués à un coup de fatigue post-tournée ou aux effets secondaires d'un traitement chirurgical, ces signaux incitent finalement la famille à consulter au CHU de Dijon. Au terme d'une longue série d'examens auprès de nombreux spécialistes, le diagnostic médical tombe. Il ne s'agit pas d'un cancer, mais d'une pathologie évolutive dont les traitements permettent seulement de ralentir la progression. Le chanteur encaisse la nouvelle sans trembler. Dès le lendemain, il prend sa décision : remonter sur scène pour dire au revoir à ceux qui le soutiennent depuis ses débuts.
Pour Francine, le courage de son mari a immédiatement donné le ton. "Il n'est ni dans le déni, ni dans l'apitoiement, ni dans la plainte", raconte-t-elle, admirative devant sa droiture. Pendant des semaines, Hubert-Félix Thiéfaine s'est astreint à un travail solitaire rigoureux pour préparer son répertoire et préserver ses capacités physiques comme vocales. En répétition, le travail en groupe a vite confirmé l'impact salvateur du rythme de la scène. "Hubert a besoin de la musique pour vivre, les médecins nous l'ont dit, plus il continuera son métier, plus il vivra, moins il déclinera", souligne son épouse. Après avoir bouclé un premier filage complet dans les conditions réelles d'un spectacle, le chanteur lui glissait d'ailleurs dans un sourire complice que le concert représentait son remède le plus efficace, bien loin des comprimés prescrits.
Cette ultime aventure relève aussi d'un défi logistique et financier. Face à la pathologie, les assurances ont refusé de couvrir l'artiste, contraignant la famille à assumer directement les risques financiers pour maintenir les représentations. Autour de lui, une équipe resserrée de quinze personnes veille au grain. Le calendrier a été pensé sur mesure afin d'éviter les longs trajets et d'espacer les dates. "On s'est tous les quatre jetés dans cette tournée, parce que c'est aussi dans ces moments-là qu'on est tous ensemble. On affronte ça en famille, comme toujours. On lui doit bien ça", insiste Hugo, le fils de l'artiste. Derrière sa batterie, Lucas frappe avec ferveur, tandis que son père garde les yeux rivés sur son micro. Peu importe si sa main tremble désormais au moment de tenir les notes : Hubert-Félix Thiéfaine est prêt pour son grand rendez-vous.