Dans cet entretien croisé avec Gilles Lellouche, avec lequel elle partage l’affiche de son nouveau film, la comédienne de 47 ans ne parle pas seulement de cinéma. Elle évoque sa vie de mère, ses souvenirs d’enfance et son regard inquiet sur une génération ultra-connectée. Une discussion qui a très vite dérivé vers les écrans et vers le constat lucide que cette maman de quatre enfants a réalisé. Si elle possède un compte Instagram, Laetitia Casta explique avoir radicalement changé sa manière de l’utiliser.
"J’ai compris que ça me déprimait, d’autant plus qu’il est aujourd’hui difficile de dissocier le vrai du faux" avoue-t-elle à nos confrères. Ce n’est pas tant l’outil qui est en cause, mais la mécanique insidieuse du défilement permanent, appelé scroll. Elle met aussi en évidence cette comparaison invisible, le flot d’images lisses qui finissent par altérer la perception du réel. La comédienne raconte avoir pris conscience de l’effet négatif du scrolling sur son humeur. À force de regarder la vie des autres, filtrée, embellie, scénarisée, elle sentait son énergie décliner. Au point d’avoir du mal à distinguer l’authentique du fabriqué.
Aujourd’hui, son compte ne lui sert plus qu’à relayer ses projets professionnels. Plus question de se laisser happer. Avec humour, elle confie préférer "prendre ses jumelles pour regarder chez le voisin comme dans un film", plutôt que de s’immerger dans la comparaison permanente des réseaux. Une réflexion qui s’inscrit dans un questionnement plus large notamment sur l’éducation de ses quatre enfants. Mère de Satheene, Orlando, Athena et Azel, Laetitia Casta se montre particulièrement vigilante face à l’impact du numérique sur leur construction.
Elle se dit nostalgique d’une époque où le manque nourrissait l’imaginaire. "À notre époque, nous avions moins, et cela laissait une grande place au rêve. Aujourd’hui, les enfants ont accès à tout". Ce "tout" permanent, immédiat, disponible en un clic, lui paraît à double tranchant. C’est pourquoi elle conseille à ses enfants de lâcher prise : "Je les préviens de ne pas être trop sur leurs téléphones à regarder la vie des autres, parce que c’est déprimant. Je leur dis : “Vivez votre vie plutôt”". Une injonction simple, mais essentielle pour la mère de famille.
Laetitia Casta n’est pas la seule à adopter cette prudence. Gilles Lellouche reconnaît lui aussi un rapport ambigu aux plateformes. Son compte Instagram, qu’il a ironiquement baptisé pour en souligner la dimension promotionnelle, se limite à ses actualités. Mais en tant qu’utilisateur, il admet passer trop de temps à regarder "tout et n’importe quoi". L’acteur a même quitté X, dénonçant une atmosphère anxiogène et des échanges de plus en plus violents.
Pour Laetitia Casta, le danger est moins stratégique que psychologique. Les réseaux sociaux amplifient tout : les drames, les polémiques, les comparaisons. L’algorithme privilégie l’émotion forte, souvent négative. C’est pourquoi sa réponse n’est pas radicale, mais mesurée. Elle ne supprime pas son compte. Elle ne diabolise pas l’outil. Elle choisit simplement de ne plus se laisser absorber.
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