Loin de la rigueur de la rue de Verneuil, à Paris, la maison normande de Jane Birkin a offert une bulle de liberté inoubliable à sa famille. C'est dans les années 1970 que l'actrice fait l’acquisition d'un ancien presbytère situé à Cresseveuille, dans le Calvados. Ce coup de cœur immobilier est financé par l'argent soudainement gagné grâce au succès du film La Moutarde me monte au nez. Bien que modeste, la bâtisse offre, paradoxalement, une vue imprenable sur un cimetière et une autoroute.
À Paris, la vie quotidienne avec Serge Gainsbourg est particulièrement disciplinée. S'il adore ses filles, Kate Barry, née de l'union de Jane Birkin avec le compositeur John Barry, et Charlotte Gainsbourg, fruit de son histoire avec le chanteur français, Serge Gainsbourg est un maniaque assumé, un véritable "père la rigueur". À la maison, les fillettes doivent garder les mains bien en évidence sur la table lors des dîners, être polies, bien habillées et, surtout, ne déplacer aucun de ses objets. Jane Birkin confiera avec tendresse qu'il "était chiant avec elles", même s'il les aimait profondément.
C'est précisément pour s'échapper de ce cadre strict que le presbytère normand devient le refuge rêvé des week-ends et des vacances. Là-bas, le contraste est saisissant : les filles peuvent enfin "faire ce qu'elles voulaient", libérées des exigences paternelles. Chacun y trouve son rythme. Pendant que Jane Birkin emmène Kate Barry et Charlotte Gainsbourg s'amuser au Club Mickey, Serge Gainsbourg déserte la campagne pour aller traîner au bar du prestigieux Grand Hôtel de Cabourg.
Les débuts dans cette demeure sont pourtant pittoresques. Lors de leurs premiers séjours, la petite tribu dort à même le sol, sur des matelas pneumatiques. Bien qu'elle adore sa propriété, qualifiée de "coup de folie", Jane Birkin avoue avoir "peur la nuit dans la campagne". Paradoxalement, la chanteuse, qui déteste le silence absolu, y dort avec des boules Quies ! Elle rêve aussi d'acheter des animaux pour amuser ses enfants. La demeure devient très vite le théâtre de souvenirs joyeux. Charlotte Gainsbourg se rappellera avoir regardé des milliers de fois le film Peau d’âne avec sa sœur Kate Barry. C'est aussi dans ce jardin, à seulement 7 ans, qu'elle vit son premier amour avec un certain Didier, un garçon qui finira par embrasser la fille de Gabrielle, la meilleure amie de sa mère.
Au fond, rien ne comptait davantage pour Jane Birkin que le bonheur et la réussite de ses filles. De 1975 à 1991, année de la disparition de Serge Gainsbourg, ce presbytère de Cresseveuille a abrité des moments inoubliables et fondateurs pour cette fratrie si chère au cœur de la chanteuse. La maison sera finalement revendue à l'autrice Aurélie Valognes, après avoir vu grandir Kate Barry et Charlotte Gainsbourg, refermant ainsi un chapitre lumineux de leur existence.
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