Leïla Slimani est une figure incontournable de la littérature contemporaine francophone. Née en 1981 à Rabat, au Maroc, elle a grandi dans une famille cultivée, sa mère étant médecin, et son père ancien banquier et haut fonctionnaire. Après des études à Paris à Sciences Po, puis à l’ESCP, elle s’est dirigée un temps vers le journalisme avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Son premier roman, Dans le jardin de l’ogre (2014), aborde avec audace le sujet de l’addiction sexuelle féminine, et annonce un style frontal et introspectif. Mais c’est avec Chanson douce (2016) qu’elle se fait connaître du grand public. Ce roman glaçant sur une nounou qui tue les enfants dont elle a la garde lui a d’ailleurs valu le prestigieux prix Goncourt. Le livre est devenu un best-seller international, traduit dans des dizaines de langues. Leïla Slimani développe une œuvre qui mêle psychologie, critique sociale et exploration des tabous. Dans Le pays des autres, premier tome d’une trilogie entamée en 2020, elle s’inspire de sa propre histoire familiale pour brosser un portrait du Maroc colonial à travers un couple mixte. Elle y interroge l’identité, la domination mais aussi les contradictions post-coloniales.
A l'occasion du troisième et dernier volet, intitulé J'emporterai le feu, de cette trilogie elle a accordé une interview à nos consoeurs du magazine ELLE. Elle en a profité pour parler d'elle et s'est confiée sur son apparence et la façon dont elle a été perçue lors de son arrivée en France pour ses études. A son arrivée en classe préparatoire à Paris, elle a reconnu avoir perçu un décalage entre les vêtements des élèves françaises et les siens. "J'étais très impressionnée par leur style : elles avaient des sacs Hervé Chapelier, beaux et propres, portaient un joli bracelet, souvent de famille. J'étais différente. J'avais rapporté du Maroc certains vêtements de ma mère et j'achetais des trucs vintage. J'adorais qu'on me voie, alors je portais des choses excentriques", s'est-elle souvenue. Puis de préciser : "Ce style étrange était accentué par mon physique : à l'époque, ce n'était pas si commun de voir à Paris une fille avec un physique maghrébin, les sourcils épais, les cheveux frisés. C'était vécu comme une provocation. Je n'ai jamais lissé mes cheveux. Je m'identifiais à des beautés métisses, au style 'Black Is Beautiful'". Elle a, à vrai dire, dérogé à sa règle lors du dernier Festival de Cannes puisqu'elle est apparue méconnaissable lors de la montée des marches pour The Phoenician Scheme de Wes Anderson. Elle avait fait le choix d'un brushing ultra-lisse, plaqué, subtile clin d'oeil aux icônes hollywoodiennes des années 30 et à leurs coiffures sophitstiquées.
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La figure de Farida Khelfa lui a d'ailleurs été d'une grande aide à l'époque. "Elle fut importante pour moi. Elle m'a apaisée dans mon rapport à la beauté. C'est une femme arabe, maghrébine, avec un physique fort. Il tranchait avec les clichés associés à la femme orientale - lascive, aux formes généreuses. Farida a un physique sec, branché. Elle m'a ouvert des perspectives", a avoué Leïla Slimani. Et en parlant d'allure, l'écrivaine s'est souvenue de ce qu'elle a porté le jour du Goncourt pour Chanson douce. "J'ai appris que j'avais le Goncourt dans une cabine d'essayage. J'étais enceinte, il fallait que je change de garde-robe, et je venais d'enfiler une robe rouge avec laquelle je suis allée recevoir mon prix", a-t-elle tout simplement raconté.
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