Plusieurs semaines après l’incendie qui a ravagé son chalet et son restaurant, l’émotion reste intacte. Debout au milieu des décombres, face à un paysage qu’il connaissait comme un lieu de vie et de partage, Marc-Emmanuel Dufour mesure l’ampleur du désastre. "Oui, tout a brûlé", reconnaît-il. Mais, malgré les pertes, il tient à remettre les choses en perspective : "J’ai tout perdu du chalet, c’est vrai, mais j’ai un toit sur la tête."
C’est ce constat qui l’a conduit à reconsidérer la cagnotte lancée après le sinistre (ndlr : elle compte à présent plus de 14 000 euros). Sur le moment, il avait accepté l’aide, sous le choc. Aujourd’hui, il ne se sent pas légitime à conserver cet argent. "Je me rends compte qu’en fait je ne suis pas dans la galère", explique-t-il. Et d’insister : "Je ne suis pas dans une caravane, non je ne suis pas sous une tente sur mon chantier délabré." Une phrase forte, alors que tant de victimes d’incendies ont, elles, réellement tout perdu, jusqu’à leur logement.
Il préfère comparer sa situation à "une roue de secours" : "Ma roue est dégonflée, mon pneu est à plat, mais la roue n’est pas crevée." Pour lui, les milliers de messages reçus ont déjà joué un rôle essentiel. "Tout ce que vous m’insufflez comme amour fait que j’arrive à la gonfler", confie-t-il, profondément touché par cet immense élan de solidarité.
La reconstruction ne pourra pas commencer immédiatement. Il faut d’abord sécuriser le site, déblayer et éviter tout danger, notamment pour les randonneurs qui empruntent un chemin situé à proximité. "Il faut d’abord sécuriser, nettoyer", rappelle-t-il. Les assurances et les expertises devront également suivre leur cours. Mais son projet, notamment destiné à accueillir des personnes handicapées, reste vivant. "Tout est devant", assure-t-il. Les murs sont encore là et le restaurant, autrefois lieu de rencontres et de moments festifs, "revivra". Le calendrier sera simplement bouleversé : "Ça va juste être un peu décalé."
Quant à la cagnotte, il envisage désormais de lui donner une autre destination. Il pense aux victimes des incendies, aux familles qui ont perdu un proche, mais aussi aux pompiers et aux pupilles des sapeurs-pompiers. "Si je peux ne pas y toucher...", souffle-t-il. Son message est aussi un hommage à ceux qui sont intervenus le soir du sinistre : "Merci aux pompiers", répète-t-il. Et une mise en garde contre les responsables des incendies : "Prenez conscience à quel point c’est de la folie meurtrière." Malgré le tremblement de sa voix et la violence du choc, il veut croire à l’avenir. "Oui, c’est la catastrophe, mais on est serein", conclut-il. Avant une dernière promesse, lancée depuis les ruines : "Le chalet revivra."