Longtemps, le café a surtout été apprécié pour son pouvoir stimulant et son effet coup de fouet au réveil. Pourtant, ses effets sur l'organisme pourraient aller au-delà de sa teneur en caféine. L'épidémiologiste Tim Spector a notamment souligné que les consommateurs de café présentaient un microbiote intestinal différent de celui des personnes qui n'en boivent pas. Les chercheurs cherchent désormais à comprendre comment ces changements pourraient être associés au fonctionnement de l'organisme et du cerveau.
Une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications, à laquelle a participé le neuroscientifique John F. Cryan, professeur à l'University College Cork, en Irlande, s'est intéressée à l'axe microbiote-intestin-cerveau. Les chercheurs ont examiné les liens entre la consommation de café, la composition du microbiote, certains métabolites et différents indicateurs psychologiques et cognitifs. Leurs résultats suggèrent que certains effets observés ne sont pas uniquement liés à la caféine. Pour cette étude, l'équipe a recruté 62 adultes en bonne santé, âgés de 30 à 50 ans. Parmi eux, 31 ne buvaient habituellement pas de café, tandis que 31 en consommaient régulièrement, à raison de trois à cinq tasses par jour. Le protocole s'est déroulé en plusieurs étapes.
Dans un premier temps, les chercheurs ont comparé les deux groupes en analysant différents échantillons biologiques, notamment des selles, du sang, de l'urine et de la salive. Ils ont également évalué plusieurs paramètres liés au stress, à l'humeur et aux performances cognitives. Les consommateurs réguliers ont ensuite arrêté le café pendant deux semaines, avant de le réintroduire pendant trois semaines. Ils ont alors été répartis en deux groupes : l'un consommant du café caféiné, l'autre du café décaféiné, sans connaître la nature du produit reçu.
Les scientifiques ont suivi les changements du microbiote intestinal et des métabolites grâce à des analyses approfondies. Ils ont ainsi observé des différences dans la composition bactérienne et certains composés associés à la consommation de café. Les résultats ont également mis en évidence des variations dans plusieurs mesures psychologiques et cognitives, avec des différences selon le type de café consommé.
Les participants ayant consommé du café décaféiné ont notamment enregistré des améliorations à certains tests de mémoire épisodique verbale. Leur qualité de sommeil et leur niveau d'activité physique ont également progressé au cours de l'intervention. Ces résultats suggèrent que certains composants du café autres que la caféine pourraient jouer un rôle, même si l'étude ne permet pas de déterminer précisément les mécanismes en cause.
Du côté des consommateurs de café caféiné, les chercheurs ont constaté une diminution de certains indicateurs liés à l'anxiété et à la détresse psychologique. Des améliorations ont également été observées lors d'un test évaluant certaines capacités de traitement de l'information et d'attention.
Les deux groupes ont par ailleurs rapporté une baisse du stress perçu et des symptômes dépressifs autodéclarés après la réintroduction du café, par rapport à certaines mesures réalisées au cours de l'étude. Ces observations ne signifient toutefois pas que le café peut prévenir ou traiter les troubles psychologiques. Elles constituent des résultats préliminaires, obtenus auprès d'un nombre limité de participants.
L'étude a aussi relevé des différences comportementales entre les consommateurs habituels de café et les personnes qui n'en buvaient pas. Au début de l'expérience, les premiers présentaient notamment des niveaux plus élevés d'impulsivité et de réactivité émotionnelle. Certaines de ces mesures ont évolué pendant la période sans café, puis après sa réintroduction.
Pour John Cryan et les autres chercheurs, ces résultats illustrent la complexité des interactions entre alimentation, microbiote intestinal et cerveau. Le café contient en effet plusieurs substances, parmi lesquelles la caféine et les polyphénols, susceptibles d'interagir avec les micro-organismes intestinaux et les processus métaboliques de l'organisme.
"Le café est bien plus que de la caféine : c'est un facteur alimentaire complexe qui interagit avec nos microbes intestinaux, notre métabolisme et même notre bien-être émotionnel", explique le chercheur dans les propos rapportés par l'article.
Les résultats ouvrent ainsi de nouvelles pistes pour comprendre les liens entre consommation de café, microbiote et fonctionnement cérébral. Ils ne permettent cependant pas d'affirmer que tous les consommateurs bénéficieront des mêmes effets, ni qu'une consommation plus importante serait nécessairement plus bénéfique.
Les auteurs soulignent l'intérêt de poursuivre les recherches afin de mieux comprendre les mécanismes impliqués et les différences individuelles. Le café ne peut donc pas être considéré, sur la seule base de cette étude, comme un traitement de la santé mentale ou des troubles cognitifs. Il constitue plutôt un sujet de recherche intéressant pour étudier les interactions entre alimentation, microbiote intestinal et cerveau.