C’est en 1976, sur la scène du Centre américain, que Jean-Louis Aubert, Richard Kolinka et Daniel Roux débutent l’aventure Téléphone. Ce dernier se voit cependant très rapidement remplacé par Louis Bertignac, qui parvient également à faire en sorte que sa petite amie bassiste, Corine Marienneau, intègre le groupe. Une nouvelle addition qui n’était pas forcément vue d’un bon œil par Jean-Louis Aubert, réticent à l’idée qu’une femme rejoigne leur groupe de rock.
Pourtant, c’est bien cette configuration qui va permettre au groupe de connaître ses plus grands moments de gloire et de s’imposer comme incontournable. Ça, c’est vraiment toi, Un autre monde ou encore Cendrillon, pour ne citer qu’eux, sont des tubes qui continuent encore de résonner dans toutes les oreilles des années après leurs sorties. Mais 50 ans après la naissance du groupe, des retrouvailles sont-elles possibles ? Rien n’est moins sûr car, si les jeunes artistes qu’ils étaient alors ont connu la gloire ensemble et des moments inoubliables qui ont à jamais marqué leurs vies, les disputes et les désaccords semblent également avoir jalonné leur incroyable parcours.
Les divergences d’opinion ont rapidement mis à mal le groupe et chacun a pu, des années après, y aller de son commentaire au travers de livres dans lesquels ils ont partagé leurs vérités personnelles. Mais chacun semble avoir la sienne, comme a pu l’expliquer Richard Kolinka à Libération (édition du samedi 7 août 2026), lui qui n’a jamais écrit de mémoires sur le groupe. "Quand je lis les bouquins de mes camarades, j’ai l’impression qu’on n’a pas fait partie du même groupe"
Pourtant, les conflits étaient bel et bien présents, et ce dès 1978, avec le premier chèque de la SACEM reçu par le groupe que Jean-Louis Aubert aurait encaissé seul, selon Corine Marienneau. S’en sont suivis les conflits personnels du couple formé par la bassiste et Louis Bertignac, qui ont forcément eu des conséquences sur le groupe. "Elle a beaucoup souffert, bien plus que nous", a confié Richard Kolinka au sujet de Corine Marienneau qui était en décalage, elle qui, plus mature, "voulait changer le monde", tandis que les hommes du groupe étaient "totalement insouciants".
Celle qui a également vécu une idylle avec Jean-Louis Aubert après Louis Bertignac a alors vu les deux hommes finir par se livrer à une guerre d’ego. Deux camps se sont formés et la fin du groupe avait sonné. ;"À la fin on passait plus de temps à s'engueuler qu'à faire de la musique, il fallait arrêter", a confié Richard Kolinka. Se reformer paraît inenvisageable pour Téléphone, d’autant plus que les conflits ne se sont pas arrêtés à leur rupture. Corine Marienneau n’avait pas manqué de s’emporter en découvrant que Jean-Louis Aubert était parti à Londres pour enregistrer des chansons prévues pour le sixième album de Téléphone, qui ne verra jamais le jour, pour son premier album solo. Les révélations de la bassiste dans son livre Le Fil du temps, paru aux éditions Flammarion en 2006, ont également ajouté de l'huile sur le feu, mettant un terme à tout espoir de retrouvailles.
Si Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka ont déjà pu se retrouver sur scène sous le nom Les Insus, cela s’est fait sans Corine Marienneau, qui a été remplacée par Aleksander Angelov, l’un des musiciens de Jean-Louis Aubert. Si Richard Kolinka affirme qu’il est possible de « faire de la bonne musique sans s’aimer », Corine Marienneau ne semble pas l’entendre de cette oreille. Cependant, le batteur garde espoir de retrouver le groupe au complet le 12 novembre prochain pour célébrer les 50 ans de Téléphone. "Moi je n’ai qu’une envie, c’est de fêter ça avec eux, sans aucune arrière-pensée. L’avenir nous dira si on est vraiment cons ou s’il reste un espoir". Un désir partagé par les fans du groupe, mais qui semble plutôt compromis.