Grandir sous l’œil des caméras quand ses deux parents mènent de solides carrières sur les plateaux de tournage ne facilite pas toujours la quête de sa propre voie. Pour Chloé Jouannet, fille d’Alexandra Lamy et de l’acteur suisse Thomas Jouannet, l’amour du jeu s’est imposé très tôt, presque malgré elle. Pourtant, consciente des jugements qui accompagnent inévitablement les enfants du sérail, la jeune comédienne a d’abord tout fait pour détourner les soupçons familiaux. Plutôt que d’avouer son envie dévorante de monter sur scène ou de passer des auditions, elle s’est inventé des ambitions bien éloignées des projecteurs. Ce n’est qu’après des années de retenue qu’elle a fini par tomber le masque face à ses proches. Aujourd’hui bien installée dans le paysage audiovisuel français, l’actrice porte un regard sans fard sur ce statut à double tranchant, fait d’opportunités évidentes et de soupçons constants.
Pour éviter d’être immédiatement assimilée au parcours de ses parents, Chloé Jouannet a préféré brouiller les pistes durant ses jeunes années. Face aux interrogations d’Alexandra Lamy et de Thomas Jouannet sur son orientation, la jeune fille avait trouvé une parade inattendue. Dans un entretien accordé au Figaro, elle s’était souvenue avec recul de ce stratagème d’adolescente : “Je leur ai longtemps menti. Je prétendais vouloir devenir chirurgienne. Toutefois, l’école, ce n’était pas mon fort. Ils ont vite vu que j’aimais créer des histoires, monter des spectacles". La réalité a rapidement rattrapé les faux-semblants. Peu passionnée par le cadre scolaire classique, la jeune fille passait le plus clair de son temps libre à imaginer des fictions et à concevoir des saynètes. Devant cette vocation manifeste, ses parents ont vite compris ce qu’elle n’osait pas encore formuler à voix haute.
Si le milieu artistique ouvre naturellement des portes aux enfants de personnalités connues, il s’accompagne d’une exigence immédiate dès les premiers pas professionnels. Chloé Jouannet ne s’en cache pas : porter un patronyme célèbre expose à une surveillance permanente et à des jugements expéditifs. La comédienne résumait sans détour ce procès d’intention récurrent : "Dès que tu arrives à faire quelque chose, on te colle l’étiquette ‘fille de’, ‘peste’. Mille fois, je me suis posée la question ‘Si mes parents exerçaient un autre métier, aurais-je fait le même choix ?’". Une interrogation légitime qui traverse régulièrement l’esprit des artistes issus de familles célèbres. Loin de nier son héritage, elle a choisi d’affronter ces doutes en multipliant les rôles pour asseoir sa propre légitimité sur les plateaux.
Devenue sa première supportrice, Alexandra Lamy n’a pas hésité à encourager sa fille tout en lui rappelant la sévérité du métier. Quand l’ancienne star d’Un gars, une fille a dirigé Chloé dans le téléfilm Touchées, diffusé sur TF1, elle avait d’ailleurs tenu à désamorcer tout soupçon de complaisance : “Évidemment, si elle avait été nulle, je ne l’aurais pas prise. Ce serait une catastrophe de prendre sa fille et de se planter.” Des choix professionnels exigeants qui ont permis à Chloé Jouannet d’imposer son univers singulier. Qu’il s’agisse de comédies ou de projets dramatiques, l’actrice poursuit désormais sa trajectoire avec assurance, s’essayant même à la réalisation et à l’écriture de ses propres projets. Une manière concrète de répondre aux critiques par l’action, bien au-delà de son nom de famille.