Il y a chez Lorànt Deutsch cette façon unique de raconter. Depuis ses débuts, le comédien s’est toujours faufilé entre plusieurs mondes : le cinéma, où on l’a vu très tôt, la scène, où il n’a jamais cessé de revenir, et plus récemment la vulgarisation historique, devenue une sorte de seconde peau. Ses apparitions publiques, ses livres, ses prises de parole passionnées sur la petite et la grande Histoire de France ont façonné une nouvelle image avec le temps : celle d’un raconteur passionné et toujours profondément impliqué. Pourtant, derrière l’homme public, il y a celui que l’on voit moins : un père qui a pris un peu de recul sur sa carrière et semble aujourd’hui se consacrer autant à sa famille qu’à ses projets professionnels. Et c’est justement ce Lorànt-là qui s’est présenté sur la chaîne Youtube Legend.
Lorsque Lorànt Deutsch s’installe face à Guillaume Pley, il suffit de quelques questions pour que la conversation glisse de sa carrière à un sujet plus intime. Il évoque d’abord son adolescence, une époque où il a connu le harcèlement. "C’est parce que je venais de la campagne", lâche-t-il. Il se souvient d'ailleurs de ces surnoms qu'on lui donnait. "On m’appelait le nain, le nabot", a-t-il ajouté. Un harcèlement qu’il n’évoque pas avec amertume. Et s’il raconte tout cela, c’est parce que son rôle de père, aujourd’hui, est teinté de cette mémoire-là.
Lorànt Deutsch admet aujourd'hui avoir peur que ses trois enfants vivent la même chose que lui, même si, heureusement, ce n’est pas le cas : "Ils sont cool, ils sont bien dans leur tête, ils ont plein d’amis, ils cherchent pas d’embrouille. Ils n’ont de compte à régler avec personne". Une phrase qu’il dit presque avec soulagement. Mais le quotidien ne l’épargne pas pour autant. Il rapporte une scène récente qui l’a profondément touchée : son fils de 12 ans, petit de taille et qui fait beaucoup plus jeune que son âge, voulait aller voir Demon Slayer au cinéma, une fiction interdite aux moins de 12 ans.
Arrivé sur les lieux, on a demandé à l'adolescent ses papiers qu'il n'a pas sur lui. Dès lors, Lorànt Deutsch essaie d’expliquer, tout en tentant de calmer le jeu que son fils a l’âge légal pour visionner la fiction. Rien n’y fait. Les échanges avec les équipes de l'établissement se tendent, et un agent de sécurité finit par intervenir. À la fin, il dit qu’il a préféré renoncer à ce moment père-fils : "Je lui ai dit de laisser tomber, on est parti", rapportant que la scène a été humiliante pour son enfant.
Avant même d’évoquer ses enfants, Lorànt Deutsch a raconté à quel point sa taille a longtemps été un sujet douloureux." J’étais tout petit", dit-il simplement. A l'époque, l'idée de prendre des hormones de croissance a été proposé à ses parents mais le contexte est explosif : "On est dans les années 88-89, et c’est justement le moment où il y a l’affaire du sang contaminé, où des gens ont pris des hormones de croissance et ont contracté des maladies. Il y a eu des morts. Et moi, j’en ai pas pris". L'acteur âgé de 50 ans explique avoir consulté un professionnel pour savoir s’il devait se lancer, mais a fini par abandonner. La nature finit tout de même par le rattraper tardivement : "J’ai eu ma puberté à 17 ans", raconte-t-il. En quelques mois, il gagne dix centimètres, passant de 1,60 m à 1,70 m. Une poussée fulgurante, mais qui arrive après des années à se sentir trop petit.
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