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Raphaël : ''J'ai complètement arrêté de boire, je perdais le contrôle''

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Confronté aux questions d'Eric 'Darkplanneur' Briones, Raphaël se laisse aller à d'édifiantes confidences : alcool, drogue, conception 'antique' de son métier...

"A mort l'individu !", hurle Raphaël dans son Odyssée de l'espèce, qui clôt l'album Pacific 231, constatant le règne des "dompteurs de mouches" et du "peuple des laborantins". Le garçon a le sens du tragique ; pour le meilleur et pour le pire, il en est habité même. Animé, au sens le plus profond, étymologique, de l'âme (animus). Et il n'a pas peur de se plaindre, d'enterrer l'homme, d'ensevelir les idéaux sous les idéologies, de rêver l'amour pour ne pas avoir à le tuer. Son métier de chanteur, c'est pour lui l'équivalent des "pleureuses de l'Antiquité" : la douleur s'exprime en plainte ; la plainte accouche de la beauté ; la beauté transforme le monde.

Anti-héros du showbizz, avec son teint blafard, son regard fuyant, son corps dissimulé et sa voix presque trébuchante, il est devenu héraut d'une chanson buissonnière, résistante par des voies impénétrables, qui vont de l'insolence et du mépris à une forme de tendresse et de foi humaine. A ce titre, l'album Pacific 231, son plus emblématique effort, ne l'est pas tellement, pacifique ; il est tumultueux comme l'océan mental de son tragédien.

Raphaël, compagnon de Mélanie Thierry et père d'un petit Roman âgé de 3 ans, est-il bien le capitaine de son propre navire, ou est-il à la dérive ? Soumis à la maïeutique éprouvée de Darkplanneur, double scrutateur des consciences du journaliste Eric Briones, Raphaël se laisse aller à de rares confidences, dans le contexte psychanalytique du fameux Cabinet des Curiosités. L'alcool, qu'il adore et qui a fait de lui ce qu'il est d'une certaine manière, les lendemains de cuites et leurs affres ou leurs révélations, les drogues, qu'il aimerait prendre si son organisme le permettait, le complexe d'infériorité intellectuelle d'un type qui se réfère à l'oeuvre picturale de James Ensor et aux tragiques grecs, le fossé infranchissable entre lui et son public : blindé derrière son trench, le frêle Raphaël baisse les armes et passe aux aveux, entrecoupés de grains d'humour.

Bienvenue au Cabinet des Curiosités n°41, ne faites pas attention aux monstres

Dans un decorum flippant, des personnages masqués, monstrueux, empruntés à la pochette de Pacific 231 et au clip controversé de Bar de l'Hôtel, surveillent l'entretien. Adossées au bar, avec leur aura de violence impondérable très "Orange mécanique", leurs silhouettent mençantes supervisent l'introspection de Raphaël. L'interrogatoire de Darkplanner, usant un Raphaël qui semble s'étioler : "Je commence à avoir des réponses de plus en plus faibles." Sourire tendre, un peu candide, désarmé. Un regard orphelin quand il sent le danger. Un homme qui par moments s'étiole, qui par moments s'amuse, rit de lui, rit du monde, qui par moments s'égare dans une minute, qui par moments se raccroche à l'acuité de l'instant - sans alcool.

L'introspection s'amorce au son de son Terminal 2B, morceau d'ouverture de Pacific 231, et de sa section rythmique harassante. "Je t'envoie la luxure de mes pensées", entend-on. A propos de luxure, les échanges avec Darkplanneur déraperont volontiers, jusqu'à un lunaire "C'est très codifié. C'est-à-dire qu'un extraterrestre qui arriverait sur Terre, il pourrait penser que l'éjac facial est le mode de reproduction des humains". Quelques secondes de plus de Terminal 2B et on aurait entendu Raphaël chanter : "je t'envoie l'ivresse des jours enchaînés." L'ivresse, l'ébriété, le chapitre choc de ses confidences.

"J'adore l'alcool, ça m'a beaucoup aidé, toute cette pochtronnerie (...) La drogue, ça ne marche pas, j'aurais aimé..."

"Moi j'adore l'alcool parce que ça m'a aidé à briser la glace avec les gens, à vaincre une timidité qui était vraiment maladive quand j'étais petit, qui l'est un peu moins maintenant grâce à l'alcool, parce que j'ai pris des repères. Même sur scène, j'ai bu sur scène parce que ça m'aidait à prendre des repères. Aujourd'hui, j'ai complètement arrêté de boire, parce que j'ai vu que je perdais vachement en contrôle, en sensibilité, et même en émotion. Mais ça m'a permis de prendre la mesure de certaines choses."

"Après, il y a ce truc des lendemains de cuite, un moment d'hyperréalité, où on voit les choses différemment. Ça crée une mini-dépression, pendant quelques heures, et à ce moment-là on voit les choses avec beaucoup d'acuité." Le moment de la création, devine Darkplanneur ? "Oui, oui. Pas toujours, hein. J'ai pris beaucoup de cuites totalement vaines, des centaines. Mais il y en a deux-trois... En fait, toute ma théorie est partie de 150 ans, qui est un lendemain d'une cuite désastreuse, où je m'étais comporté comme le pire des moujiks, vraiment j'avais été un épouvantable garçon. J'avais cinq millions de dettes morales sur la tête, et j'ai fait cette chanson, une chanson d'amour, et je me suis dit 'Putain, ça valait la peine, toute cette pochtronnerie.' Depuis, je cours après ce truc-là, avec assez peu de succès la plupart du temps (...) La drogue, ça ne marche pas chez moi. Je réagis très mal, ça développe des fantômes, des choses effrayantes. J'ai essayé, douces ou dures, c'était à chaque fois un désastre. J'aurais aimé pouvoir en prendre, mais mon organisme ne le tolère pas du tout." A défaut de l'absorber, il se passionne pour son histoire, nous racontant même la découverte du LSD, "le premier trip d'acide de l'histoire".

En écoutant ces confessions intimes, des bribes de paroles viennent naviguer dans nos pensées : "La locomotive va vite, la locomotive va fort (...) Et quand le rail dérive, le monde dort." (Locomotive), "nous sommes faits d'atomes, d'électricité" (La Petite misère)...

Raphaël le sinistre, Raphaël la pleureuse, genèse d'une comédie humaine

L'aliénation, par l'alcool ou par d'autres substances, comme une désinhibition, l'état second comme point de départ de la création artistique, n'est pas une révélation. Le couple alcool/acte créatif a des siècles d'histoire féconde. Mais ce n'est pas la conscience de l'artiste. Comparant la fonction de son métier aux pleureuses de l'Antiquité (cortèges associés aux rites funéraires antiques, mais aussi personnages incontournables des tragédies grecques), Raphaël, 35 ans, expose son côté sinistre et l'élucide. Une vision fondamentalement tragique est à l'origine de son répertoire, qui en devient une véritable comédie humaine, un acte musical dramatique :

"On m'a toujours dit 'tu fais des trucs sinistres'. Je réfléchissais en me disant 'Tous les chanteurs que j'aime font toujours des chansons démoralisantes'. C'est toujours le paradis perdu, ou l'exil, ou la vieillesse comme un exil, ou un territoire qui n'a jamais existé, ce genre de choses, et tout le monde de Bob Marley à John Lennon parle de désamour ou de choses comme ça. Et ce qu'on m'a expliqué, c'est que la chanson, c'est ce lieu-là, le lieu de l'élégie, que le blues, c'était des mecs qui se plaignaient depuis 150 ans, même les vieilles chansons françaises - La complainte de j'sais pas quoi... Cette forme-là, c'est fait pour dire il y a quelque chose dans la vie qui ne va pas, qui m'a brisé ; et les mecs sont payés pour ça, ils recevaient des pièces pour pleurer. On est comme les pleureuses de l'Antiquité. C'est la fonction de ce métier. Ça pleure et c'est sublime, c'est une plainte, quoi. Un mec qui se plaint toute la journée, c'est pénible. Mais quand ça fait des belles chansons, c'est magnifique."

Dans Pacific 231, l'exercice de la plainte prend plus d'une forme, entre la litanie, l'élégie, la satire et le pamphlet - Ce doit être l'amour, plainte nervurée et défoncée, Versailles, complainte sociale qui sent le courant d'air sur le clodo ("J'ai la gueule de mon époque"), Dharma Blues et son "arc-en-ciel pour les pauvres", Le Patriote aux allures de pamphlet idéologique, Je détruis tout étouffé de solitude ("Je vois la vie en noir/Je me détruis très bien")...

"J'écris pour 2-3 personnes. Désolé."

On pourrait croire que, dans ce tableau, les belles chansons sont le lien qui unit l'artiste et son public. Pas vraiment, dans l'esprit de Raphaël, qui voit ses chansons comme des objets finis, les produits d'un artisanat qu'il ne conçoit pas comme destiné immédiatement aux foules. Lui qui sort de mois de tournée n'évoque à ce propos pas un tableau, mais plutôt... une chaise. Etonnante association d'idées.

Il confie : "En fait, j'écris surtout pour 2-3 personnes, mon entourage. C'est difficile de rechercher un public, parce que ça ne correspond pas à grand-chose, je crois. Désolé, hein. J'ai tellement aucune idée de ce à quoi rêvent les gens. Je fais juste mon truc comme un mec fabriquerait une chaise, après s'il y a des gens que ça intéresse, je suis très content, s'il y a des gens que cela n'intéresse pas, je suis très triste. La dimension magique entre un artiste et son public m'échappe. Je sais qu'elle existe pour moi et pour tous les chanteurs, de Jean-Luc Lahaye à David Bowie."

Darkplanneur est obligé de réagir à la mention de Jean-Luc Lahaye. "Ouais, c'est un type dans un bar qui m'a dit "vous êtes Jean-Luc Lahaye", et ça m'a traumatisé pendant deux jours. Ou plus, ouais, ça peut durer plus longtemps", explique Raphaël en riant. Un rire qui arrive par effraction, et revient lorsque Raphaël tourne en dérision sa consommation philosophique : "Je suis toujours attristé, quand je prends un truc de Deleuze et que j'ai du mal, déjà avec la préface. Les écrits de philosophe, j'ai pas le langage pour ça. Et ça m'attriste, parce que je sais qu'il y a des choses précieuses dedans, miraculeuses, qui pourraient m'aider dans la vie."

Miroir, miroir, la torture finale...

 

Audacieux, Darkplanneur finit par extirper Raphaël de la pénombre pour le confronter, sous une lumière crue, à son reflet. L'artiste fait d'abord mine de ne pas comprendre, et détaille le tableau sans s'y inclure. "C'est un tableau de James Ensor." Il voit bien derrière lui, au travers de lui, ces hommes masqués de l'album Pacific 231, tout droit sortis en fait de l'univers du peintre belge James Ensor, expressionniste avant-gardiste, libertaire, qui a marqué esprits et rétines par ses prodromes du surréalisme et ses motifs marquants - squelettes, masques et esprit carnavalesque.

La diversion ne fait pas longtemps effet. Sommé de commenter son propre reflet, Raphaël, pour l'une des rares fois de l'entretien, recule : "Quoi, moi ? J'aime pas du tout me voir. J'ai une incapacité, je ne peux pas regarder une émission à laquelle j'ai participé, j'ai un vrai problème, j'arrive à écouter mes disques, mais j'ai vachement de mal à me regarder."

Et on pense à ces paroles de Bar de l'hôtel : "Ce n'est que moi, ce n'est que moi. Une espèce disparue, une espèce menacée. Ce n'est que moi, ce n'est que moi."

 

Guillaume Joffroy, d'après le Cabinet des Curiosités n°41 de Darkplanneur.

Image : Laure Kalangel & Eddy Abimbi
Acteur : Nils Baudelot
Présentation et Réalisation : Eric Darkplanneur Briones

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