Clémentine Célarié a choisi de transformer une épreuve en création. À l'affiche du Festival Off d'Avignon avec Mon cowboy, une pièce qu'elle a elle-même écrite, la comédienne de 68 ans revient avec beaucoup de sincérité, mais aussi d'humour, sur ce qu'elle a traversé à la fin de l'année 2019. À l'époque, alors qu'elle triomphe seule sur scène dans Une vie, adapté de Maupassant, un cancer du côlon vient bouleverser son quotidien.
La pandémie de Covid-19 lui permet alors d'interrompre ses représentations sans attirer l'attention. Elle reprendra finalement le spectacle en 2021, malgré les conséquences des traitements. "J'avais une perruque, c'était intense", confie-t-elle au Parisien. Près de six ans plus tard, Clémentine Célarié a décidé de raconter cette période à sa manière. Dans Mon cowboy, elle donne un visage à ce qui a bouleversé sa vie.
Une façon de reprendre le contrôle en transformant cette expérience en personnage : "Je me pose la question souvent, pourquoi j'ai vu un cow-boy ? Parce qu'il représente la force, peut-être. J'ai vu le cancer me dire : 'Tu veux te battre ?' Mais j'ai vraiment vu un cow-boy. Dès qu'on m'a annoncé le diagnostic, j'ai tout de suite voulu projeter un truc, je l'ai personnifié".
Je dis quelquefois des gros mots
Dès l'annonce du diagnostic, la maman d'Abraham, Gustave et Balthazar raconte avoir adopté un état d'esprit offensif. Elle explique : "Le combat ? Oui, tout de suite, je me suis dit : 'OK, je vais lui casser la gueule, il faut que je lui nique la gueule', comme je dis dans le spectacle. 'Niquer la gueule', ce n'est pas très joli, mais c'est ce qui m'est venu. Je dis quelquefois des gros mots."
Au fil des années, cette image du cow-boy a évolué. D'adversaire, il est devenu une présence permanente dans sa vie. "C'est l'épée de Damoclès, le sale gars qui peut te refaire du mal, une récidive, et en même temps un moteur. Quelque part, c'est grâce à lui, à cette projection imaginaire, si le spectacle existe. C'est parce qu'il me dit : 'Bouge-toi, fais-le ton truc, crois en toi !' Ensuite, ce cancer devient un compagnon à vie. Vraiment. Il y a cette dimension de compagnonnage obligatoire.", a-t-elle indiqué.
Aujourd'hui encore, Clémentine Célarié explique que ce "cow-boy" ne l'a jamais quittée. Elle déclare : "Toujours là et jusqu'à la fin de mes jours. Je le dis sur scène, je suis condamnée à vivre avec. Mais c'est un copain intime qui me porte et me pousse à me dépasser. Dans la pièce, il me dit : 'C'est grâce à moi que tu as relancé ta carrière.' En fait, c'est vrai. Ça vous donne une espèce de force de vie, une urgence. Ça m'a rendue encore plus gourmande de travail, c'est un booster d'énergie quand on en sort."
Révélée au grand public dans les années 1980, Clémentine Célarié a construit une carrière marquée par le cinéma, le théâtre et la télévision, tout en cultivant une grande liberté de ton. Avec Mon cowboy, elle transforme une expérience profondément personnelle en une œuvre où l'autodérision côtoie l'espoir. Une manière de montrer qu'il est parfois possible de reprendre la main sur ce qui semblait impossible à apprivoiser, en faisant de cette présence imposée un moteur pour continuer à avancer.
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