Réputé pour être un excellent homme d'affaires, notamment à la tête du géant du luxe LVMH, Bernard Arnault est également un passionné d’art contemporain. Toutefois, le milliardaire entretient un savant mystère concernant la frontière exacte entre ses œuvres privées et celles de son entreprise. Pour cultiver cette discrétion, les étiquettes de certaines expositions à la Fondation Louis Vuitton — comme celle consacrée au peintre allemand Gerhard Richter — se contentent d'indications volontairement évasives du type "collection privée". En réalité, le groupe LVMH rassemble un véritable trésor via sa filiale très secrète Primae. De rares indices, comme les crédits photographiques estampillés au nom de cette société dans la presse pour les toiles Möhre ou Tisch, trahissent cette propriété.
Aujourd'hui, les actifs de Primae dépassent le milliard d'euros. Plus précisément, le groupe de luxe estime cette collection à 1,156 milliard d'euros. Un chiffre faramineux qui ne correspond d'ailleurs qu'au prix d'achat brut des œuvres, sans même prendre en compte leur valorisation actuelle sur le marché de l'art. Loin d'être figée, cette impressionnante collection s'enrichit continuellement : le budget alloué est passé de 927 millions d'euros en 2021 à plus d'un milliard en 2023, avec plus de cent millions d'euros investis récemment sur une seule année.
Grâce à une convention officielle, cette structure de l'ombre prête régulièrement ses pièces majeures à la Fondation. Parmi ses chefs-d'œuvre acquis au fil des décennies, on compte notamment une prestigieuse toile de Paul Cézanne, obtenue pour 8,6 millions de dollars (7,3 millions d'euros) dès 2001. C'est ce qu'indique notamment Glitz, précisant que cet achat historique s'inscrivait déjà, à l'époque, dans le projet à long terme d'ouvrir la fameuse Fondation.
Si la société Primae gère une grande partie de ce patrimoine colossal, le grand patron du luxe possède aussi ses propres trésors, gardés à son domicile ou fièrement exposés dans son bureau de l'avenue Montaigne. Ce jardin secret avait déjà été en partie dévoilé par le passé lors d'un entretien avec Léa Salamé pour l’émission Stupéfiant. Le père d'Antoine Arnault y confiait sa règle d'or : ne jamais acquérir une toile uniquement pour sa cote sur le marché.
C'est avec cette philosophie qu'il a pu se constituer l'une des plus exceptionnelles collections privées d'œuvres de Jean-Michel Basquiat. Bien avant que les créations du peintre américain ne s'arrachent à des dizaines de millions de dollars, l'homme d'affaires a eu le nez creux. Dès les années 1980, lors de séjours aux États-Unis, il a fait l'acquisition de plusieurs toiles de l'artiste, alors controversé, pour des montants dérisoires oscillant à l'époque entre 10 000 et 20 000 dollars. L'une d'elles trône d'ailleurs en bonne place dans son espace de travail parisien et lui appartient en nom propre, indépendamment de son empire financier.
Au-delà de l'art contemporain, le magnat du luxe conserve un attachement sentimental à sa toute première acquisition personnelle : une peinture de Claude Monet qu'il garde précieusement chez lui. Et malgré l'explosion vertigineuse de la valeur de ces chefs-d'œuvre au fil des décennies, Bernard Arnault est catégorique : il se refuse à revendre la moindre pièce, considérant que chaque tableau raconte avant tout une histoire intime.
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