Tout était prêt pour le film Roses à crédit, dernier long métrage d'Amos Gitaï (Kadosh, Kippour). Réalisateur prestigieux, casting alléchant (Léa Seydoux, Arielle Dombasle, Grégoire Leprince-Ringuet, Pierre Arditi, Valeria Bruni-Tedeschi), et adaptation d'une oeuvre d'Elsa Triolet sur les dérives de la société de consommation : ce film avait déjà fait l'objet des projections pour les journalistes et la bande-annonce circulait. Pourtant, Roses à crédit ne sortira pas en salles comme prévu.
Toutefois, le distributeur Ad Vitam a fait annuler la fabrication des copies à destination des 50 exploitants qui l'avaient programmé en salles. La commission d'agrément du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) a décidé le 1er décembre que la diffusion à la télévision et sur les grands écrans ne se justifiait pas. Le président de la commission d'agrément, Frédéric Brillion, explique : "La commission estime qu'il n'y a qu'une seule oeuvre. Dans ce cas, on ne peut pas accepter qu'un film soit diffusé sur une chaîne non payante seulement trois mois après sa sortie en salles. Si on remet en cause la chronologie des médias, c'est la mort de l'économie du cinéma."
Ad Vitam ne peut donc distribuer le film. Si cette société peut comprendre le conflit de diffusion, elle regrette qu'il n'y ait pas de règle écrite. Quant au cinéaste, qui décrit la commission comme "un monstre administratif", il se désole que son oeuvre soit présentée dans les cinémas des festivals du monde entier, mais pas dans son pays natal. Le Monde indique que Roses à crédit pourra toujours sortir en salles après son passage sur France 2, et ceci sans délai, mais cela se fera sans Ad Vitam..
Carlos d'Olivier Assayas avait connu des problèmes du même acabit, lors du festival de Cannes dernier. Sélectionné en compétition, il avait été retiré au dernier moment car il était considéré comme une oeuvre de télévision, même si celle-ci serait également distribuée dans les salles de cinéma. La situation s'était cependant éclaircie pour Carlos qui avait finalement été choisi hors compétition à Cannes.
Le cirtique de cinéma Jean-Michel Frodon conclut sur le site Slate.fr de la façon suivante : "Ce qui vient d'arriver à Roses à crédit est une violence inadmissible contre une oeuvre, mais c'est aussi un symptôme. Le symptôme que tout système porte en lui ses dérives et ses blocages, et qu'à un moment, ceux-là mêmes qui devaient en être les bénéficiaires en deviennent les victimes."
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