''Rythme d'enfer'', ''baise''... les coulisses hard d'AB productions
Publié le 15 octobre 2013 à 17:47
Christophe Rippert Christophe Rippert© BestImage
Jean-Luc Azoulay en 2011.
Laly Meignan en 2012.
Anthony Dupray en 2005.
Générique "Les filles d'à côté".
Générique d'Hélène et les garçons.
Magazine Sofilm numéro 14.
Générique de Premiers Baisers.

Salut les Musclés, Hélène et les garçons, Le Miel et les abeilles... dans les années 1990, les sitcoms AB Productions ont marqué une génération d'enfants et d'adolescents et fait connaître des acteurs, souvent très jeunes. Le magazine Sofilm tire le bilan de cette "génération AB", et plus précisément de ceux qui en ont été les acteurs, entre sexe et conditions de travail "à un rythme de goulag nord-coréen".

Un rythme de tournage effréné
"Disques d'or en rafale, près de cinq heures de direct chaque mercredi surTF1" et 4 à 6 millions de téléspectateurs tous les jours pour Hélène et les garçons, le succès de Groupe AB était considérable. Cependant, comme l'évoque la parution qui a ressorti les vieux dossiers de ses séries, les acteurs devaient travailler à un rythme fou.

Jean-Luc Azoulay, cofondateur d'AB avec Claude Berda, exigeait en effet beaucoup de ses jeunes recrues. Chaque jour, en plus des enregistrements du Club Dorothée, il fallait tourner près de 26 minutes d'épisode de chacune des sitcoms - parfois jusqu'à sept séries en simultané ! Le chef décorateur Yves Pirès se souvient : "J'ai emmené mon camping-car pour pouvoir dormir sur place." Un "rythme d'enfer" comme il dit, également mal vécu par les stars des séries. Laly Meignan, de la série d'Hélène et les garçons, se souvient : "La première chose que l'on m'a demandée le jour de mon audition, c'est si j'avais une bonne condition physique."

Anthony Dupray du Premiers Baisers se rappelle également combien c'était difficile. "On terminait selon les épisodes à 16h ou 1h du matin. Il y avait des séances de dédicaces le week-end, des galas, de la promo. C'était non-stop. Pendant cinq ans, j'ai pas dormi", raconte-t-il alors.

La raison d'un rythme aussi frénétique ? TF1 a été privatisée en 1987. Il fallait donc remplir la grille de programme, à moindre coût. Jean-Luc Azoulay explique :"Au départ, on avait 300 à 400 heures à livrer par an et on a terminé par faire entre 1500 et 2000 heures." Si les mangas japonais comme Olive et Tom et Les Chevaliers du Zodiaque aidaient à assurer la programmation, la société AB productions était obligée de fournir 60% de son temps d'antenne avec des oeuvres européennes. À ce rythme, impossible de trop en demander en ce qui concerne la qualité du jeu et même l'apprentissage des textes. "On se collait des petites antisèches dans le décor au cas où on avait un trou", raconte Christophe Rippert.

Le salaire de la peur

Si le travail était acharné, l'ambiance était pesante sur les plateaux de tournage. Pas question d'être malade ni même de se blesser, comme l'explique Dan Simkovitch, ex-madame Bellefeuille dans Les Filles d'à côté. Victime d'un accident au cours duquel elle s'était déchiré les ligaments du genou, l'actrice raconte comment elle a été purement et simplement obligée de se présenter au travail. "Le lundi, l'assistant m'appelle et me dit que la productrice déléguée veut que je vienne. J'étais en fauteuil roulant, donc je dis non. Et on me dit : 'Si tu ne viens pas, on supprime ton rôle'." Pire encore, elle a dû se "démerder" afin de se rendre dans les studios, la productrice déléguée ne souhaitant pas lui faire parvenir un taxi. Encore marquée par ses années chez AB, Dan Simkovitch continue : "À l'époque, je ne voyais plus d'amis, je ne voyais plus personne... À la fin, j'en faisais des cauchemars, j'avais l'impression qu'on était dans un bunker avec des barbelés et des miradors et que les mecs nous obligeaient à rentrer."

Anthony Dupray aussi a gardé un souvenir précis et étonnant de cette époque particulière. Un matin, il se blesse et se retrouve la tête en sang, la production change le scénario de l'épisode dans lequel il devait jouer. Une bagarre est donc tournée afin de justifier sa blessure à l'écran mais aussi son absence dans une partie de l'épisode.

Gare à ceux qui ne rentraient pas dans le moule. Pour tenir ses équipes, Jean-Luc Azoulay n'hésitait pas à faire référence à un camp de rééducation fictif imaginé en Finlande comme l'explique Christophe Rippert : "Sa manière de mener la barque, c'était la punition, et la punition, c'était la Finlande." Le risque ? La mise au placard. Ce que les acteurs ne supportaient pas. "Après, tu le rappelles et dis : 'Écoute Jean-Luc, la Finlande c'est froid, j'ai envie de revenir'."

Énormément de sexe, peu de Premiers baisers

Entre deux plans à tourner et une sieste dans les loges, les acteurs se détendaient souvent en goûtant aux plaisirs charnels. Jean-Luc Geneste, actuel chroniqueur de 100% Mag (M6) et rédacteur en chef de OK Podium à l'époque, n'y va pas de main morte pour décrire la situation : "Évidemment, ça baisait énormément, pas qu'au sein d'une même série."

Jean-Luc Azoulay, lui, explique carrément qu"une bonne douzaine de bébés sont nés de mes sitcoms. Et on a eu quelques mariages."

Sexe, travail à la chaîne... les sitcoms lisses d'AB Productions étaient décidément bien loin de la réalité !

Sarah Rahimipour

Par Sandra Ratesson | Chef de rubrique médias
A bientôt 38 ans, Sandra Ratesson en a vu défiler des émissions de télévision, des animateurs et des candidats de télé-réalité. Membre de la génération Club Dorothée, elle a vu l’apparition mais aussi l’extinction de nombreux programmes. La scène du rapprochement physique entre Loana et Jean-Edouard dans la piscine de Loft Story, elle l’a vu en direct grâce à un abonnement ADSL d’époque.
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