Quand on évoque les très grandes voix de la variété française, son nom résonne immédiatement. Alain Barrière était une star absolue des années 1960 et 1970, un monument de la musique comme on en fait plus. Parmi son répertoire impressionnant de quelques centaines de chansons (rien que ça !), les mélomanes se souviendront notamment de Elle était si jolie, du célébrissime slow Ma vie ou encore de Tu t’en vas. Mais réduire cet homme à ses ballades romantiques serait une erreur : Alain Barrière prenait aussi la plume pour porter des combats avant gardistes. Il s'était notamment insurgé contre la marée noire provoquée par le tragique naufrage du pétrolier Amoco Cadiz au large du Finistère en 1978, unissant alors deux sujets majeurs dans sa vie : la défense de la Bretagne et celle de l’écologie.
Cette conscience sociale et cette sensibilité trouvaient leurs racines dans son histoire personnelle. De son vrai nom Louis Alain Bellec, l'artiste était né d’une mère bretonne et d’un père italien. Mais les racines bretonnes avaient vite pris l'ascendant dans son coeur, alors qu'il grandissait à La Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan.
Il n’y a pas que les poèmes et la musique qui comblaient Alain Barrière : la Bretagne, elle, était presque carrément une obsession. Cette passion dévorante pour ses racines s'est d’ailleurs concrétisée dans une œuvre architecturale monumentale. Ce lieu unique, nommé le Stirwen, était d'ailleurs au cœur d'un film documentaire diffusé le 19 juillet dernier sur France 5. À cette occasion, le réalisateur Lionel Bernard s’est confié dans les colonnes d’Ouest-France sur la genèse de ce projet fou : “Alain Barrière a imaginé entièrement cette bâtisse, sorte de château fort en granit des années 1970. Il en a dessiné les plans, les ferronneries, les vitraux et les triskèles. Le Stirwen, “étoile blanche” en breton, a été son obsession. Il voulait laisser une trace autre que ses chansons, quelque chose de concret, ancré dans le sol breton.” Malgré deux périodes d'exil américain causées par d'importants déboires avec le fisc français, le chanteur est d'ailleurs toujours revenu vers son fief. Il y vivra même jusqu'à son dernier souffle en décembre 2019, à l'âge de 84 ans.
Ce havre de granit avait été pensé “comme un lieu de rencontres et de fête, avec une discothèque, un amphithéâtre, un restaurant”, rappelle le réalisateur Lionel Bernard. Alain Barrière, qui détestait par-dessus tout la superficialité parisienne, préférait faire venir le Tout-Paris à lui, sur ses terres : “Il voulait que les gens viennent se produire et faire la fête chez lui, ce qu’ont fait Brigitte Bardot et Johnny Hallyday entre autres.” Un pari réussi qui continue de faire vibrer la région des décennies plus tard. En effet, après la disparition du chanteur, sa fille Guénaëlle Barrière a repris le flambeau, continuant d'y organiser des soirées estivales pour perpétuer l'esprit de son père.