Rare à la télévision, Amélie Nothomb a fait une apparition très remarquée sur le plateau de Quelle époque ! samedi 18 octobre.. Venue présenter son 34ᵉ roman, Tant mieux (Éditions Albin Michel), la romancière belge s’est laissée aller à des confidences d’une rare sincérité. Face à Léa Salamé, cette dernière a évoqué la disparition de sa mère, Danièle Scheyven, un deuil qu’elle a longtemps gardé pour elle.
Lorsque l’animatrice lui demande pourquoi elle mentait à ceux qui s’inquiétaient de l’état de santé de sa mère, Amélie Nothomb répond, la voix tremblante : “Je ne peux pas vous expliquer, ça ne sortait pas de ma bouche. Je ne pouvais pas formuler que ma mère était morte. J’avais l’impression que si je le disais, elle serait encore plus morte. Je ne pouvais pas le dire.”
Dans son œuvre, l’auteure explore depuis longtemps la relation complexe qu’elle entretient avec la mort et la filiation. Mais cette fois, c’est d’un drame intime qu’elle s’inspire. “C’est un coming-out d’orpheline”, confie-t-elle à Léa Salamé, expliquant que son dernier roman lui a permis de mettre enfin des mots sur cette perte immense : “Pour que je puisse dire que ma mère était morte, il fallait d’abord que je dise qu’elle avait vécu, et qu’elle était cette femme-là.”
Des mots puissants qui ont profondément ému les téléspectateurs, habitués à l’humour singulier et à la fantaisie de l’auteure de Stupeur et Tremblements, lauréate du grand prix du roman de l’Académie française en 1999.
Cette interview chargée d’émotion a également permis à l’écrivaine de se confier sur ses parts d’ombre. “Les ténèbres sont toujours là. Elles font partie de moi. Mais chaque fois qu’elles veulent s’exprimer, j’entends la voix de ma mère qui me dit : ‘Tu n’as pas le droit’”, a-t-elle expliqué sur le plateau de France 2. Une déclaration touchante, à l’image de cette autrice dont la sensibilité fascine depuis plus de trente ans.
Amélie Nothomb, qui publie un livre par an depuis 1992, a également surpris en révélant un don étonnant : celui d’“aspirer les peurs des gens puis de les recracher”. Une démonstration troublante qu’elle a faite en direct, face au journaliste Nicolas Demorand, laissant le public partagé entre fascination et incrédulité.
Derrière cette singularité, on devine une artiste profondément marquée par les traumatismes familiaux. Dans Tant mieux, l’écrivaine évoque sans détour la violence psychologique que sa mère a subie enfant, sous l’emprise d’une grand-mère cruelle. “Perdre son père, c’est une souffrance spirituelle intense. Perdre sa mère, c’est perdre son corps et son âme”, a-t-elle résumé avec justesse dans Quelle époque !
En rompant le silence sur cette douleur, Amélie Nothomb - dont la soeur Juliette est aussi écrivaine - transforme la honte et le chagrin en force littéraire. “Il a fallu tout ça pour que je dise qui était ma mère”, conclut-elle. Une phrase simple, mais déchirante, qui résume à elle seule le courage d’une femme qui a su, une fois encore, faire de la vérité un acte d’amour.

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