Vingt ans d’antenne, des centaines d’affaires criminelles décortiquées et une place à part dans le paysage audiovisuel français. Lorsque Faites entrer l’accusé disparaît de la grille de France 2 en février 2020, c’est une histoire entière de la télévision qui se referme. De nombreux téléspectateurs ont d’ailleurs été surpris par l’annonce à l’époque. Pour Dominique Rizet, présent dès la création du programme et toujours impliqué aujourd’hui, cette décision n’a jamais été digérée.
Invité de l’émission Jet de Luxe animée par Jordan de Luxe sur YouTube, le journaliste n’a pas cherché à arrondir les angles. Face caméra, il est revenu sur ce qu’il considère comme une faute stratégique majeure de la direction de France Télévisions. Selon lui, l’argument officiel qui était de ne plus vouloir de faits divers sur le service public n’a jamais tenu. "J’en veux beaucoup à l’équipe de Delphine Ernotte (la présidente du groupe) qui a dit qu’il ne fallait plus de faits divers, qu’il fallait mettre ça sur France 3 et que ce n’était pas propre sur le service public" raconte-t-il.
Dominique Rizet raconte une fin d’émission vécue comme une mise à l’écart progressive. Des numéros enregistrés, mais non diffusés immédiatement, une impression de flottement, puis une disparition pure et simple de l’antenne. "On avait des “Faites entrer l’accusé” qui étaient enregistrés, neuf d’avance, et ça traînait, ils ne les diffusaient pas. Puis, ils les ont diffusés et l’émission s’est arrêtée", a-t-il affirmé, pointant directement les têtes pensantes du groupe.
Ce qui a définitivement concrétisé la colère du journaliste, c’est la suite des événements. Après avoir cédé le catalogue de Faites entrer l’accusé à RMC Story, France Télévisions a lancé un programme concurrent, Au bout de l’enquête, la fin du crime parfait ?, incarné par Marie Drucker et Alain Bauer. Une décision que Dominique Rizet qualifie sans détour : "Ce qui est quand même d’une inélégance crasse et d’une connerie pas possible". Il dénonce également une incohérence budgétaire. "France Télévisions a acheté les “Faites entrer l’accusé” chers, très chers. Il les a revendus à RMC. Donc c’est autant d’argent que le service public a perdu", insiste-t-il.
De "vraies erreurs de pilotage" que le chroniqueur et co-présentateur du magazine sur le groupe RMC-BFM assure ne pas regretter personnellement aujourd’hui. Mais l’amertume demeure. "Moi je m’en fous, j’en fais plus partie, mais c’est dommage, tellement dommage", confie-t-il, avant de livrer une image forte pour décrire son ressenti : "J’ai l’impression qu’on a été abandonnés. C’est le chien qu’on attache sur le bord de l’autoroute et on se casse parce qu’on ne veut pas le voir mourir".
Une métaphore brutale, à la hauteur d’une rancœur intacte, qui rappelle à quel point Faites entrer l’accusé n’était pas qu’une émission pour le chroniqueur.
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