Alexy Algar-Denos a été finaliste de Top Chef 2026. Mais lors de la dernière étape de la compétition, il s'est incliné face à Viviana Pisacane. Une défaite sur le papier seulement, tant le jeune chef catalan de 31 ans a conquis les téléspectateurs avec sa cuisine sensible, généreuse et profondément ancrée dans ses racines. Peu après l'émission, il a quitté le restaurant étoilé L'Almandin, à Saint-Cyprien, pour ouvrir Cramat', son premier restaurant éphémère, installé jusqu'à fin septembre sur la péniche de Quai Ouest à Saint-Cloud. Curieux de découvrir l'univers de celui qui, à mes yeux, reste la révélation de cette saison, je me suis installé à sa table. Et autant le dire tout de suite : je n'ai pas été déçue.
La première surprise est visuelle. En quelques pas sur la péniche, on oublie totalement les Hauts-de-Seine. Sable et transats dès l'accueil. Au-dessus des tables, des guirlandes lumineuses. Autour de nous, des parasols colorés et même un énorme requin à la gueule ouverte qui domine la terrasse. L'ensemble évoque davantage une soirée d'été sur la côte méditerranéenne qu'un restaurant des Hauts-de-Seine. On arrive à 19h30 : l'endroit est encore calme. Une heure plus tard, changement total d'ambiance. Le restaurant est bondé, les 260 couverts sont occupés. "Il y a clairement un engouement Top Chef. Ce soir, on est complet. Un lundi soir, on est hors Paris. Les gens se déplacent. Avant, ils ne faisaient pas 250 couverts un lundi soir", nous confie Alexy, d'une humilité déconcertante. On comprend vite pourquoi. Le chef nous recommande son dessert signature avant même la commande : "Gardez de la place pour Comme un turron à la cacahuète, c'est vachement gourmand." Conseil noté avec soin.
Le premier point fort de Cramat', c'est le prix. A l'heure du dîner, le menu complet entrée, plat, dessert est affiché à 39 euros. Quelques heures plus tôt, pour le déjeuner, il faut compter 29 euros pour la même promesse, le coucher de soleil en moins. Le repas démarre avec deux entrées pleines de personnalité : la sucrine confite, intelligemment relevée par un pesto de sucrine, de l'ail noir, des anchois et des pignons de pin. Autre proposition, les sardines marinées associées de manière plus audacieuse aux poivrons rôtis, à la fraise, au mato (fromage frais catalan) et à l'estragon. C'est vif, équilibré et frais. Les chipirones grillés, accompagnés d'une sauce romesco et de sobressada piquante, réveillent les papilles. Même constat pour le thon mi-cuit, parfaitement maîtrisé avec sa croûte braisée et son coeur tendre, servi avec une crème d'olives noires et une vinaigrette citronnée. Les pommes grenaille sauce romesco sont excellentes. Seul petit bémol : les broccolini, bien que savoureux, auraient mérité un dressage un peu plus graphique. De plus, la carte, volontairement minimaliste, oublie de préciser certains marqueurs des plats, il ne faut pas hésiter à solliciter l'équipe pour en comprendre tous les détails.
© Cramat'
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C'est le point qui pourra diviser : il faut accepter de prendre son temps. Arrivée à 19h30, mais la commande du dessert ne s'effectue qu'à 21h30. Le service est un peu lent, mais le cadre adoucit la montre. On est là pour décompresser, observer le ballet des braseros et le spectacle de la brigade en cuisine. En salle, le rythme est tenu de la main de maître d'Ugo, le directeur adjoint. Toujours sur le pont, l'œil partout, il gère le flux des 260 clients sans perdre son sourire et sa bonne humeur. Les fins connaisseurs de l'émission reconnaîtront son nom : Ugo est le grand frère de Sacha Boyadjian, autre candidat phare de Top Chef 2026 qui se donne en cuisine. Sacha, qui a fait ses armes avec Alexy chez Anne-Sophie Pic à Lausanne, passe d'ailleurs régulièrement en salle pour prêter main-forte à l'équipe, prolongeant l'esprit de camaraderie de l'émission. Et puis, dans un moment d'accalmie, les deux frères retrouvent une invitée spéciale, à quelques tables de la mienne : leur mère.
A 21h45, le fameux Comme un turron à la cacahuète débarque enfin sur la table, sur les bons conseils du chef. Glace cacahuète, chouchous, cara-miel... Visuellement régressif, ce dessert est un immense coup de coeur. Si tout le repas était de bonne facture, cette assiette-là joue clairement dans la catégorie supérieure. Entre la douceur de la glace et le croquant des cacahuètes, le jeu des textures est parfait, le sucre est maîtrisé et le plaisir est immédiat. Avant de plier bagage, Alexy Algar-Denos prend le temps de saluer les tables. L'occasion de tenter de lui tirer les vers du nez sur l'après-septembre, une fois la table éphémère fermée. "Pour l'instant, je me concentre à 100% sur Cramat'", lance-t-il dans un sourire. On n'en saura pas plus pour ce soir. Affaire à suivre.
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