Dans la famille de Xavier Niel, on peut dire que le sens des affaires coule dans le sang. Patron de Free, fondateur de l'école 42, il trônait en 2024 à la dixième position du top 10 des milliardaires français grâce à sa fortune de 14,92 milliards d'euros. Redoutable businessman, celui qui fête son anniversaire ses 59 ans ce mardi 25 août a transmis ses gênes et ses passions à ses enfants. Notamment aux deux aînés. Car tous les lundis midi, Jules et John Niel ont un drôle de rendez-vous.
Les fils de Xavier Niel se retrouvent à la table des dirigeants d'Iliad, le groupe fondé par leur père en 1991. La rencontre se tient dans les locaux de l'entreprise, et selon Challenges, les deux aînés prennent leurs marques dans l'univers qui a fait la fortune de leur père. Et son empire est devenu gigantesque. Iliad affiche plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires et près de 50 millions d'abonnés en Europe. Le groupe est contrôlé par iliad Holding, elle-même détenue à près de 98% par le groupe familial Niel. Et dans les documents financiers, les quatre enfants de l'homme d'affaires apparaissent aux côtés de leur père sous une appellation pour le moins parlante : la "Niel Family".
"Il y a une volonté de les intégrer comme pour Martin Bouygues ou Bernard Arnault. Un début de dynastie commence à s'installer", confiait une source au magazine Challenges dans une longue enquête publiée en 2024. Une autre, proche de la famille, décrivait Jules et John comme "de vrais entrepreneurs" et assurait les voir "prendre des responsabilités". Le premier à s'être lancé dans les pas de Xavier Niel est Jules, né en 2000. Après l'ESSEC, il a rejoint NJJ, la structure d'investissement personnelle de son père. Il s'est notamment intéressé à la gestion des coûts et accompagne les équipes lors de déplacements auprès des opérateurs détenus par le groupe.
Depuis septembre 2024, il siège aussi au conseil d'administration de Millicom, important groupe de télécommunications présent notamment en Amérique latine et en Afrique. John, né en 2002, semble, lui, avoir une autre envie. Plus attiré par les start-up et les entrepreneurs, il siège au conseil de surveillance du fonds de dotation du Groupe Le Monde et aurait également conseillé son père sur certains investissements, notamment dans l'application BeReal. Mais c'est surtout cette année qu'il a commencé à se faire un prénom dans les affaires. En février, Les Échos révélait que la famille préparait l'ouverture de deux clubs d'affaires à Paris... avec John aux commandes opérationnelles.
Le premier doit prendre place dans un impressionnant hôtel particulier de 2.800 m2, acheté par Xavier Niel en 2015. Restaurants, espaces de bien-être, piscines... tout est prévu pour attirer entrepreneurs et dirigeants. Le second, installé dans un espace de 2.300 m2 en plein coeur du Marais, sera davantage consacré à la tech et à l'innovation. Selon le magazine, l'adhésion devrait tourner autour de 1.000 euros par an. Un projet qui ressemble à s'y méprendre à la Station F, un immense lieu de rencontre pour les start-up, que Xavier Niel a inauguré le 29 juin 2017. Pour le moment, ni Jules ni John n'occupe de réelles fonction opérationnelle chez Iliad.
Et il ne semble pas question de les installer précipitamment à un poste stratégique... Xavier Niel ne veut pas qu'ils brûlent les étapes. Une façon pour lui de leur rappeler comment tout a début pour lui. Car son histoire a commencé avec un ordinateur reçu à Noël alors qu'il n'était qu'un adolescent. Le jeune Xavier s'est vite passionné pour l'informatique avant de se lancer dans les services télématiques et de constuire peu à peu sa première fortune. Au contraire des autres patrons du CAC 40, Xavier Niel n'a pas suivi de cursus dans les grandes écoles de commerce.
À seulement 19 ans, il a même stoppé nette sa classe préparatoire scientifique à l'ESME-Sudria pour se lancer dans le monde de l'entreprenariat. En 1999, il a fondé Iliad, le groupe qui possède aujourd'hui Free, notamment. "Je suis un imposteur, disait-il il y a quelques années. Je ne suis pas intelligent du tout. Il faut que ce soit simple, sinon je ne comprends pas. Et ça aide énormément." Si Jules et John commencent donc à suivre ses traces, il y a aussi les deux plus jeunes. Elisa, née en 2012, et Joseph, né en 2016, sont les enfants de Xavier Niel et Delphine Arnault.
Autrement dit, ils grandissent dans une famille où les affaires ne sont jamais très loin. Car comme leur célèbre papa, leur maman aussi navigue dans l'univers des affaires et de luxe. Il y a en effet Dior et mais surtout le groupe LVMH dirigé par leur grand-père, Bernard Arnault. Pour l'heure, ils sont encore très jeunes. Mais leurs noms apparaissent déjà dans les documents liés au patrimoine familial. Un dépôt transmis à la SEC, le gendarme boursier américain, mentionne Xavier Niel et ses quatre enfants sous cette appellation de "Niel Family".
Une société civile immobilière familiale compte également Elisa et Joseph parmi ses associés depuis 2023. Comme ils sont mineurs, leur père les représente. S'il prépare donc ses enfants au monde des affaires, Xavier Niel n'est pourtant pas un grand défenseur de l'héritage automatique. "Quand on a une fortune importante, je pense, c'est un avis personnel, que ça devient quasiment un bien public, déclarait-il. Je pense définitivement que laisser une somme d'argent immense à mes enfants ne leur rend pas service." Comme lui, ils vont devoir se débrouiller seul pour gravir les échelons.