Voix emblématique de l'antenne de France Inter depuis de nombreuses années, Thomas Legrand a vu son nom faire la Une de l'actualité en 2025, aux côtés de celui de son confrère Patrick Cohen. Cette année-là, les deux journalistes officiant sur la station publique ont été filmés à leur insu durant une rencontre à Paris avec deux responsables du Parti Socialiste (PS). La vidéo de leur conversation a ensuite été mise en ligne par le magazine L’Incorrect avant de faire le buzz sur les réseaux sociaux. Si Patrick Cohen a conservé sa place au sein de la matinale de France Inter, mais aussi son poste de chroniqueur dans l'émission C à vous sur France 5, Thomas Legrand a quant à lui été écarté de la station publique.
Très remonté contre son éviction, l'éditorialiste a rédigé une longue tribune publiée par le journal Le Monde le mercredi 26 août 2026, dans laquelle il fulmine contre la décision de son ancien employeur. "Une conversation confidentielle avec des responsables politiques, des propos tronqués et montés de façon malveillante, une phrase détournée de son sens. Puis une polémique et, in fine, la réponse de la présidence de Radio France, un an après, aura été mon invisibilisation totale et durable de l’antenne", a tout d'abord écrit Thomas Legrand. "J’ai d’abord accepté de me taire. On me disait : 'Il faut laisser passer l’orage'. Je ne voulais pas ajouter une crise supplémentaire à celles que traversait déjà le service public. Je crois aujourd’hui qu’il est essentiel que je parle. (...) Ce qui m’est arrivé pose une question plus importante : celle de la défense de l’audiovisuel public et, plus largement, de l’indépendance de la presse", a ensuite ajouté celui qui écrit dans les colonnes de Libération.
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"Nous entrons dans une époque où les journalistes seront de plus en plus filmés, enregistrés, suivis et jugés à partir de fragments de conversations présentés comme des preuves. Les réseaux sociaux permettent déjà de transformer une séquence en scandale national avant même que les faits aient été vérifiés. Face à cela, les rédactions devront être plus exigeantes avec leurs journalistes. Mais leurs directions devront aussi être plus courageuses", a également souligné celui qui a assuré l'édito politique quotidien de la matinale de France Inter entre 2008 et 2022.
"La liberté de la presse ne disparaît presque jamais d’un seul coup. Elle s’érode par petites concessions, par prudence, par fatigue, par peur du scandale, par volonté de protéger une institution en évitant l’affrontement. Jusqu’au jour où l’on découvre que toutes ces précautions prises pour la protéger l’ont rendue vulnérable. Ce qui m’inquiète aujourd’hui n’est donc plus seulement ce qui m’est arrivé. C’est ce que nous ferons lorsque cela arrivera aux suivants. Et il y en aura", a finalement conclu l'ancien journaliste de RTL.