Nathalie Baye, qui nous a quittés vendredi à 77 ans, des suites de la maladie à corps de Lewy, était une immense actrice. Elle fait d'ailleurs partie du cercle très fermé des comédiennes ayant remporté quatre César au cours de leur carrière. Son talent a d'abord éclaté au grand jour grâce à un premier trophée du meilleur second rôle dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard en 1981, où elle incarne une femme décidant de tout quitter pour la campagne. Une prouesse renouvelée dès l'année suivante en prêtant ses traits à une épouse délaissée dans Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre. Mais c'est en 1983 que sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu'elle décroche le César de la meilleure actrice grâce à une prestation saisissante à contre-emploi : celui d'une prostituée de Belleville dans La Balance de Bob Swaim.
Elle obtiendra d'ailleurs une seconde fois cette récompense suprême en 2006 pour son interprétation poignante d'une commandante de police meurtrie dans Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois. Son aura, qui a également dépassé les frontières de l'Hexagone avec une Coupe Volpi remportée à la Mostra de Venise en 1999 pour Une liaison pornographique, s'est forgée à travers des personnages devenus instantanément cultes. De la scripte dévouée dans La Nuit américaine de François Truffaut à son inoubliable face-à-face avec Gérard Depardieu dans Le Retour de Martin Guerre, elle n'a cessé d'enrichir une galerie de portraits saisissants de justesse, culminant avec son rôle d'Angèle, cette esthéticienne désabusée par l'amour dans le film Vénus Beauté (Institut). Dans ce long-métrage, elle partageait l'affiche avec Mathilde Seigner.
Cette dernière n'avait alors qu'une trentaine d'années. Nathalie Baye était ainsi un peu comme sa maman. Pour Paris Match, l'actrice lui rend hommage, en évoquant toutefois certains moments de tension avec la mère de Laura Smet : "Après le tournage de Vénus Beauté (Institut) en 1999, nous sommes restées très proches. J'étais souvent collée chez elle, que ce soit dans son appartement parisien ou dans la Creuse. On se tapait de telles barres de rire ! J'avais la trentaine et je sortais avec Laurent Gerra, mais elle me considérait comme une ado, un peu comme sa deuxième fille. Par exemple, à l'époque, je donnais des interviews où je disais de manière assez cash ce que je pensais (c'est toujours le cas, cela dit). Nathalie n'aimait pas et m'engueulait comme on gronde une gamine qui s'est mise en danger. Elle n'était pas contre ce que je disais, mais contre ma manière de le dire. Elle avait peur pour moi, comme une maman."
"Je me souviens que juste après le tournage de Vénus Beauté (Institut), j'enchaînais avec celui de Belle maman [avec Catherine Deneuve et Vincent Lindon] et je devais maigrir : elle s'est occupée de mes menus de façon draconienne ! C'est qu'elle avait du caractère ! C'est pour ça que tout le monde l'aimait : elle ne trichait pas, ne courait pas les mondanités. Elle prenait soin des gens qu'elle aimait et fuyait l'establishment. Plutôt que de courir les mondanités et supporter l'hypocrisie de beaucoup, elle préférait s'isoler, notamment dans sa jolie maison dans la Creuse où il n'y a pas une interférence sonore à des kilomètres à la ronde tellement c'est paumé ! Elle était d'une grande intelligence.", ajoute la maman de Louis.
Ses proches et la grande famille du cinéma français se réuniront une dernière fois pour rendre un ultime hommage à Nathalie Baye lors de ses obsèques, qui se tiendront le vendredi 24 avril à 10 heures à l'église Saint-Sulpice à Paris, avant son inhumation dans la stricte intimité.
player2
player2
player2