Elle aurait pu faire carrière au sein de l'une des plus prestigieuses maisons de couture françaises. Mais Blanche Abel a préféré suivre sa propre voie. Aujourd'hui installée à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, cette chapelière a notamment créé des couvre-chefs pour Laetitia Casta, Catherine Deneuve et Gims. Un parcours singulier, marqué par un choix déterminant : après un stage chez Chanel, elle décline la proposition de poursuivre l'aventure.
Rien ne prédestinait Blanche Abel à travailler dans la mode. Pendant cinq ans, elle exerce comme cuisinière à Lyon, avant de découvrir, dans un fascicule consacré aux métiers de la mode, une formation de chapelière. C'est une révélation. "Je me suis dit : 'C’est ce métier que je veux faire'", raconte-t-elle au Dauphiné Libéré. Elle obtient d'abord un diplôme de couture, puis se forme à la chapellerie. En 2005, elle effectue un stage chez Chanel, à Paris. Son travail convainc la maison, qui lui propose de poursuivre l'aventure. Mais la jeune femme décline : "Oui, cela peut paraître bizarre mais je ne souhaitais pas devenir une petite main dans la mécanique d’un grand atelier." Plutôt que de rejoindre une grande maison, elle choisit l'indépendance. A 23 ans, elle part pour Istanbul, où elle reste deux ans, apprend le turc, crée son entreprise et travaille pour des créateurs, la télévision et des défilés. "Là-bas, le savoir-faire français était admiré, j’ai vécu une aventure incroyable", se souvient-elle.
De retour à Paris, le cinéma lui ouvre de nouvelles portes. Une costumière la contacte après avoir découvert un article consacré à son travail. Les premières commandes prestigieuses arrivent. "J’ai créé les chapeaux de Laetitia Casta pour le film Derrière les murs, avant que ce soit pour Catherine Deneuve", raconte-t-elle. Les collaborations se multiplient avec des réalisateurs, des costumiers, des magazines et des maisons de luxe. Elle signe également le premier chapeau porté par Gims dans le clip Sapés comme jamais. Malgré ces belles réussites, la créatrice reste discrète. "C’est mon éducation", confie-t-elle avec modestie. Son imagination n'a pas de limites : elle réalise notamment une capeline en paille de sept mètres de diamètre, 90 bonnets de marin pour un téléfilm consacré à Pierre Loti ou encore des couvre-chefs pour les musées Grévin de Séoul, Prague et Suisse.
Après plusieurs années entre Paris, Marseille et l'étranger, Blanche Abel revient à Romans-sur-Isère en 2020. Au 26, rue Bistour, elle installe son atelier, où elle façonne ses créations à la main et transmet son métier lors de stages. L'artisane nourrit aussi un projet : créer un espace de location de formes à chapeaux pour permettre aux jeunes modistes d'accéder à ces outils parfois coûteux. "Il me faudrait de l’aide pour photographier, cataloguer, prêter… Parce que, seule, c’est impossible", reconnaît-elle. Après avoir refusé de poursuivre chez Chanel, Blanche Abel a donc tracé sa propre route. Et elle entend bien continuer à faire vivre un savoir-faire rare, loin des sentiers battus.