Leur rencontre a tout d'une histoire de cinéma. En 1981, Anne Parillaud a 20 ans et commence à se faire une place dans le milieu du septième art. Alain Delon, lui, a 45 ans et appartient déjà au cercle très fermé des grandes légendes du cinéma français. C'est sur le tournage de Pour la peau d'un flic, un polar réalisé par l'acteur, que leurs chemins se croisent. Delon lui confie le rôle principal et devient rapidement bien plus qu'un partenaire de travail. Entre eux, une histoire d'amour se noue, qui durera cinq ans, jusqu'en 1986.
Pour la jeune comédienne, cette relation représente alors une occasion d'apprendre auprès d'un acteur qu'elle admire. Delon l'encourage, l'accompagne dans son métier et lui transmet son exigence. Anne Parillaud le décrira d'ailleurs comme son "premier amour", mais aussi comme une figure paternelle, un maître et un pygmalion. Une relation intense, qui contribue à façonner son parcours professionnel, mais dont elle mesure aujourd'hui plus lucidement les zones d'ombre. Car derrière l'admiration et la passion, la place prise par Alain Delon dans son existence semble avoir dépassé, à ses yeux, le cadre du travail et de la vie amoureuse.
Dans Le Clan Delon, l'impossible héritage, documentaire écrit par Vanessa Schneider et Virginie Linhart, l'actrice va plus loin. Elle raconte notamment comment l'emprise qu'elle ressentait sur les tournages s'étendait à son quotidien. "De Pygmalion dans le travail, ça devient un Pygmalion dans la vie", confie-t-elle. Elle évoque les vêtements qu'elle devait porter, le maquillage, son alimentation et l'obligation de rester mince, allant jusqu'à raconter qu'Alain Delon lui avait imposé de faire du vélo de course.
Anne Parillaud ne nie pas pour autant l'amour qu'elle a éprouvé. "Je recevais son amour grandiose", reconnaît-elle, tout en portant aujourd'hui un regard critique sur ce qu'elle décrit comme un mélange entre possession, amour et perversion. Elle qualifie également d'"école de la souffrance" les tournages avec celui qui, selon son témoignage, lui interdisait de travailler avec d'autres.
Le 18 août 2024, au lendemain de la disparition de l'acteur à 88 ans, Anne Parillaud avait pris la parole sur Instagram. Son message ne ressemblait pas à un adieu sans aspérités. L'actrice y exprimait à la fois son amour, sa reconnaissance et les souffrances liées à leur histoire. "J'avais 20 ans, et toi presque 50", écrivait-elle, avant de revenir sur cette relation fondatrice et sur tout ce qu'elle lui avait apporté, de l'exigence artistique à la passion amoureuse. Elle avait conclu son hommage par des mots particulièrement personnels : "Merci Alain pour tout ce que tu m'as fait vivre, souffrir, ressentir."
Une déclaration qui disait déjà toute l'ambivalence de leur histoire.