Sur les écrans comme dans la vie, Vincent Lindon ne triche pas. À l'occasion de la sortie en salles des Misérables de Fred Cavayé, où il prête ses traits à Jean Valjean, le comédien a pris le temps d'une longue conversation avec Marco Thiollier pour le média culturel OnTime. Installé dans les décors du Studio Harcourt, l'acteur à la sensibilité à fleur de peau est revenu sur les grandes étapes qui ont jalonné son parcours. Interrogé sur le choix le plus déterminant de son existence, il a livré une réflexion pleine de lucidité sur le passage du temps et l'affirmation de soi. Loin des discours policés, le comédien a raconté avec pudeur comment l'approche de la quarantaine avait totalement bouleversé son rapport aux autres et à sa propre liberté. Un déclic tardif, mais salvateur.
Quand on lui demande quelle a été la meilleure décision de toute sa vie, Vincent Lindon commence par esquisser un sourire : “Il y en a que je ne peux pas dire parce que c'est intime, mais je pense que c'est un jour de décider de ne plus avoir peur du monde. De ne plus avoir peur de dire ce que j'ai à dire quand j'ai envie de dire, à qui je veux, à l'heure que je veux. Et ça me coûtera ce que ça me coûtera. Oui, d'essayer de ne pas être chiche. Ça m'est arrivé tard. Le jour où vraiment j'ai lâché les chevaux, c'est aux alentours de mes quarante ans. Vraiment être libre. C'est bien d'avoir réussi à le faire". Un cap symbolique qui a marqué la fin des retenues et des compromis imposés par le regard extérieur. Pour celui qui a longtemps porté le poids du trac et de vives angoisses, ce refus d'avoir peur a agi comme une véritable renaissance personnelle et professionnelle.
Pour autant, Vincent Lindon ne cherche pas à embellir son passé. Avec la franchise désarmante qui le caractérise, l'acteur a également évoqué les zones d'ombre de sa jeunesse et les faux pas qui l'ont forgé : “J'en ai pris aussi des très très très mauvaises, des choses dont je ne suis pas très très fier. Ouais, des moments de lâcheté. Il y a un mot que j'aime bien, d'être un peu cracra... Pourquoi j'ai fait ça ? Quitter quelqu'un pas bien, c'est pas chouette. Celui que j'ai été parfois, je le déteste, je ne peux pas le voir. Et malheureusement il est là, il est dedans.”
Plutôt que d'enfouir cette part de lui-même, le comédien préfère composer avec : “On ne refait pas sa vie, on la continue, donc il est là. Il est là dans ma psyché, il est là dans l'inconscient. Et il n'y a pas d'avantage sans inconvénient, mais il n'y a pas d'inconvénient sans avantage. Donc il m'aide aussi, puisqu'il me pousse sans arrêt à lui dire : ‘Tu vas voir, regarde. Non mais je ne suis plus du tout toi là, laisse tomber, je suis devenu beaucoup beaucoup mieux et c'est pas fini, tu vas voir.’” Une quête d'apaisement perpétuelle pour l'acteur, qui transforme ses failles en moteur d'exigence et de vérité, devant la caméra comme au quotidien.