Vivre jusqu'à 100 ans ne relèverait pas uniquement de la chance ou de la génétique. A l'heure où le nombre de centenaires progresse en France, les spécialistes s'intéressent de plus en plus aux facteurs qui favorisent un vieillissement en bonne santé. Interrogé par La Tribune du Dimanche, le professeur Olivier Guérin, médecin gériatre, rappelle que les habitudes du quotidien jouent un rôle bien plus important qu'on ne l'imagine. Un constat qui rejoint les travaux menés depuis plusieurs années sur les célèbres "zones bleues", où les habitants affichent une espérance de vie exceptionnelle.
Pour Olivier Guérin, il n'existe pas de recette miracle permettant d'atteindre les 100 ans. En revanche, la recherche a identifié les principaux facteurs qui influencent notre espérance de vie. "Il n'y a pas de recette miracle, mais on connaît aujourd'hui assez bien les grands déterminants de la longévité. Une publication devenue une référence montrait qu'environ un quart de notre espérance de vie dépend de notre patrimoine génétique, un autre quart de notre environnement, et près de la moitié de nos comportements individuels : activité physique, alimentation, sommeil, consommation de tabac ou d'alcool, maintien d'une vie sociale…", explique-t-il. Pour le spécialiste, cette répartition est plutôt une bonne nouvelle : "C'est un message très encourageant : notre mode de vie pèse davantage que notre génétique. Bien sûr, certaines familles comptent plusieurs centenaires et il existe des prédispositions héréditaires. Mais, à l'échelle de la population, les comportements de santé restent le levier le plus puissant dont nous disposons aujourd'hui." Une analyse cohérente avec les observations de Dan Buettner, spécialiste des "zones bleues", qui montre que les populations les plus longévives ne misent pas sur un entraînement intensif, mais sur une activité physique naturelle intégrée à leur quotidien, comme la marche ou le jardinage.
Au sein de son service hospitalier, Olivier Guérin côtoie régulièrement des patients centenaires. Il invite toutefois à ne pas tirer de conclusions hâtives à partir de leur seule prise en charge médicale. "Il faut garder à l'esprit que nous les voyons essentiellement lorsqu'un accident de santé survient : une infection sévère, un AVC, un infarctus… Nous n'observons donc qu'une partie de cette population", indique-t-il. Malgré cette nuance, le gériatre met en avant un trait commun chez ces personnes âgées : "En réalité, si quelqu'un atteint 100 ans, c'est souvent qu'il est resté relativement épargné par les maladies chroniques pendant une grande partie de sa vie. Ce ne sont généralement pas des patients lourdement malades depuis des décennies." Autrement dit, le vieillissement en bonne santé se construit bien avant le grand âge. Les spécialistes soulignent aujourd'hui l'importance d'un ensemble d'habitudes quotidiennes - bouger régulièrement, dormir suffisamment, adopter une alimentation équilibrée, éviter le tabac, limiter l'alcool et préserver une vie sociale - plutôt que la recherche d'une méthode miracle. Autant de comportements qui, au fil des années, peuvent contribuer à préserver durablement la santé et l'autonomie.