Il y a des expériences qui marquent une vie et dont on ne parle pas forcément. Michel Drucker en sait quelque chose. Habitué à recevoir les confidences des plus grandes personnalités françaises, l’animateur s’est cette fois retrouvé dans la position de celui qui raconte. Invité du podcast En Raphaël, il a évoqué une activité méconnue de son parcours, bien éloignée des plateaux de télévision et des projecteurs.
Une démarche qu’il avait volontairement choisi de mener dans la plus grande discrétion. Alors qu’on lui demande s’il serait prêt à donner une seconde chance à une personne ayant connu l’incarcération, Michel Drucker a avoué avoir été visiteur dans des établissements pénitentiaires. “C’est vrai que j’ai visité des prisons plusieurs fois. Je l’ai fait clandestinement, car je ne voulais surtout pas que ça se sache”, confie-t-il. Une volonté de rester anonyme qui ne tombait pas de nulle part. Personnalité incontournable du paysage audiovisuel français, Michel Drucker craignait que sa présence dans un établissement pénitentiaire ne suscite une curiosité déplacée. Il ne voulait surtout pas “se retrouver avec des photos volées ou des magazines people de mauvais goût à la sortie des prisons”. Pour lui, ces déplacements n’avaient rien d’une opération de communication. Il s’agissait avant tout de rendre service à des familles confrontées à des situations particulièrement difficiles.
Et surtout, de permettre à des enfants de conserver un lien avec un parent incarcéré. L’animateur de Vivement dimanche explique avoir découvert cette réalité grâce à une association baptisée Relais parents-enfants. Celle-ci recherchait des volontaires pour accompagner de très jeunes enfants lors de rencontres avec leurs parents détenus. Car l’homme de télévision tient à soulever les difficultés rencontrées par les femmes qui donnent naissance à un enfant pendant leur incarcération. Il évoque la séparation qui peut intervenir entre une mère et son bébé, ainsi que les conséquences parfois dramatiques de cette situation lorsque l’enfant ne dispose d’aucun entourage familial susceptible de prendre le relais. "Si ce pauvre gamin n’a pas des grands-parents et des proches pour l’aider, ça peut être une tragédie", souligne-t-il.
L’association cherchait alors des personnes acceptant, même ponctuellement, d’accompagner des enfants pour leur permettre de retrouver leur père ou leur mère derrière les murs d’une prison. Michel Drucker a décidé de répondre présent. Et l’une de ces visites lui a laissé un souvenir particulièrement fort. Parmi les expériences qu’il raconte, une scène semble être restée intacte dans sa mémoire. Celui qui a récemment perdu sa productrice avait accepté d’accompagner un petit garçon âgé de quelques mois seulement jusqu’à la prison de Rouen. Il devait permettre à ce nourrisson de passer un moment avec son père, alors incarcéré. Mais rien ne s’est déroulé comme le détenu aurait pu l’imaginer.
Ce dernier n’avait visiblement pas été prévenu de l’identité de la personne qui allait lui amener son enfant. Lorsqu’il a vu apparaître Michel Drucker, avec son bébé dans les bras, sa surprise a été totale. "D’abord, le gars, il se demandait ce que je faisais là. Il n’était pas prévenu. Il voit un mec de la télé avec son enfant dans les bras", se souvient l’animateur. Une situation presque irréelle pour le papa. Michel Drucker lui a alors confié l’enfant, avant d’assister à un moment d’une rare intensité. "Je lui ai remis l’enfant. Il a beaucoup pleuré, le gars. Il me dit : "Je vous remercie beaucoup..."", raconte-t-il avec émotion. Le père a pu garder son bébé auprès de lui pendant environ trois quarts d’heure. Un temps relativement court, mais qui semble avoir représenté énormément pour cet homme privé de liberté et éloigné de son enfant.
Une fois la rencontre terminée, Michel Drucker a repris la route vers Paris. Pourtant, ce qu’il venait de vivre ne l’a pas quitté. "Ça m’a beaucoup marqué", reconnaît-il aujourd’hui. Derrière cette anecdote, l’animateur met en lumière une réalité souvent peu visible : celle des liens familiaux fragilisés par l’incarcération et de l’engagement des visiteurs de prison, dont le nombre est estimé entre 1 000 et 1 300 en France. Ces bénévoles, généralement peu connus du grand public, se rendent régulièrement dans les établissements pénitentiaires pour échanger avec des personnes détenues.