Il y a des passions qui ne s'essoufflent jamais, peu importe les décennies qui s'écoulent ou le silence obstiné d'un artiste retiré des projecteurs. Alors que Jean-Jacques Goldman a fêté ses 75 ans loin de la scène et du tourbillon médiatique, son public continue d'entretenir la flamme avec la même ferveur. En Alsace, un admirateur a poussé cette fidélité bien plus loin qu'une simple écoute nostalgique sur une platine vinyle. Stéphane Monfort, commerçant bien connu des allées du marché du Canal Couvert de Mulhouse, a transformé une partie de sa maison de Sentheim, au cœur de la vallée de la Doller, en un véritable sanctuaire. Un lieu unique, pensé comme un musée intimiste qui retrace quatre décennies de la carrière du compositeur préféré des Français. Entre pièces rares, souvenirs personnels et trésors discographiques, ce Haut-Rhinois partage avec générosité l'histoire d'une vie rythmée par les accords de son idole.
L'aventure musicale entre Stéphane Monfort et l'univers de Jean-Jacques Goldman a démarré il y a plus de quarante ans. Le déclic s'est produit à l'âge de neuf ans, le jour où sa grand-mère lui a offert le 45-tours du titre Comme toi. Dès ce cadeau fondateur, ce volailler de métier n'a plus jamais arrêté de rassembler tout ce qui touchait de près ou de loin à l'artiste. Dans son repaire alsacien, les murs et les étagères témoignent d'une trajectoire hors du commun. On y retrouve des disques vinyles par centaines, des cassettes audio d'époque, des DVD, des affiches promotionnelles devenues introuvables, des photographies, des coupures de presse soigneusement conservées, mais aussi des guitares et des objets de merchandising. Stéphane Monfort possède même d'authentiques disques d'or. Une collection impressionnante qui traverse toutes les époques de la carrière du musicien, depuis ses premiers pas en solo jusqu'aux succès de l'époque Fredericks Goldman Jones.
Cette passion au long cours ne s'est pas construite uniquement derrière des vitrines d'exposition. Elle s'est aussi nourrie de moments vécus sur le terrain. Stéphane Monfort a découvert son idole sur scène pour la toute première fois en 1988, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, alors qu'il n'avait que seize ans. Une expérience marquante qui a scellé un attachement indéfectible et ouvert la voie à plusieurs rencontres directes avec l'artiste au fil des tournées.
L'engagement du collectionneur a même fini par attirer l'attention des proches de la star. Complice de longue date de Michael Jones, l'Alsacien a vécu une consécration inattendue il y a quelques mois. Invité par le guitariste emblématique lors de la tournée L'Héritage Goldman, Stéphane est monté sur la scène du Zénith de Strasbourg pour entonner devant des milliers de spectateurs l'un des titres les plus symboliques du répertoire, Il changeait la vie. Une parenthèse magique pour cet artisan qui fredonne les refrains de Goldman chaque matin derrière son étal.
À l'occasion du 75e anniversaire de l'interprète de Je te donne, le collectionneur a choisi de partager son trésor avec les amateurs de chanson française. À Sentheim, l'accès à ce lieu de mémoire se fait sur rendez-vous et gratuitement, dans un esprit de transmission simple et chaleureux. Dans cet espace haut-rhinois, chaque pièce exposée raconte une bribe de parcours, une session studio ou une tournée mémorable. Une façon pour ce fan de toujours de garder le lien vivant avec un artiste qui a fait le choix du retrait, mais dont les mélodies continuent d'habiter le quotidien de millions de Français.