Ce dimanche 12 juillet 2026, Anne-Sophie Pic souffle ses 57 ans. Si son gâteau d'anniversaire promet d'être absolument délicieux, au vu de son statut d'icone dans le milieu de la gastronomie, la Cheffe française n'a pas toujours été attirée par les métiers de bouche et se destinait, plus jeune, à une carrière parmi les rangs de la haute couture.
"Ma mère voulait surtout que je sois indépendante financièrement" s'est rappelée Anne-Sophie Pic au micro de Marie Eloy et du podcast Elles ont osé, en août 2025. Bonne élève, elle entame alors des études de commerce et se rêve un avenir en marketing de luxe, voire en stylisme d'une maison de mode : "C'était un univers très éloigné de celui de mes parents. Je ne suis finalement pas devenue styliste, mais la couture m'a donné le goût du travail manuel". Dans les colonnes du Monde en janvier 2017, elle précisait cette première vocation : "Je voulais être créatrice de mode. Seulement, je n’étais pas très douée en dessin. J’ai fait une prépa HEC, puis je suis entrée à l’ISG, j’ai voyagé aux Etats-Unis, au Japon aussi".
Si les bancs de l'école de commerce lui ont permis de rencontrer son mari, David Sinapian, au bout de cinq années d'études et de stages, dont l'un chez Moët & Chandon, Anne-Sophie Pic doit se décider : emprunter une voie inconnue ou revenir "à la maison" afin d'assurer la suite en cuisine de ses aïeux. Un choix peu évident pour la jeune femme à l'époque.
© Instagram, annesophiepic
Anne-Sophie Pic : comment la tradition familiale l'a rattrapée et lui a donné le goût de la grande cuisine
Car Anne-Sophie Pic sait plus que quiconque les difficultés d'être restaurateur. "Petite, je vivais au dessus des cuisines, pleinement consciente de ce que ça impliquait" lançait-elle sans détour dans le podcast Tenaces en juin 2024. Son père Jacques Pic tenait en effet l'établissement réputé de la Drôme, la Maison Pic. Chef cuisinier et propriétaire de ce restaurant gastronomique, il était lui-même le fils d'un chef reconnu, André Pic. "Mon arrière-grand-mère Sophie, en 1891, cuisinait. Elle a créé cette auberge, c'était une ferme au départ, et elle a créé un restaurant. Donc, à 21 ans, elle cuisinait. C'est incroyable" confiait Anne-Sophie Pic au sujet de sa longue lignée d'artisans du goût. Mais voilà, avec un tel héritage, il est facile de se sentir submergé : "Mon père, au moment de reprendre le restaurant de son propre père André, a pensé : c'est trop pour moi et envisagé une carrière de mécanicien automobile".
Un vertige qu'a également ressenti Anne-Sophie Pic à la fin de son cursus scolaire. "À ce moment-là, je suis un peu au pied du mur et je me suis dit qu'il faut que je choisisse ma vie (...) et ce sont les autres qui m'ont ramené à la maison, ils me disaient tous : 'Anne-Sophie, vous voulez fuir quoi ?' Et moi, je continuais de dire que ce n'était pas mon destin... Puis, à force d'entendre les autres me dire c'est merveilleux la cuisine, dans leurs yeux j'ai vu cette foi, cet émerveillement (...) je pense que j'ai lutté car cette discussion de revenir dans la maison a débuté très tôt dans l'adolescence. Mon père me disait ce serait bien que tu fasses l'école hôtelière quand moi, je rêvais de dessiner des robes" développait la Cheffe, toujours sur le podcast Tenaces.
C'est en avril 1992 qu'Anne-Sophie Pic se décide enfin à revenir sur ses terres auprès de son frère cuisinier, de dix ans plus âgé, et surtout de son Chef de père. Elle souhaite que ce dernier lui transmette son savoir-faire, qu'il lui apprenne les bases de la cuisine. Malheureusement, lorsque la Cheffe tranche en faveur de la tradition familiale, elle connaît une terrible perte. Jacques Pic meurt en septembre de cette même année, à peine le temps d'un été derrière les fourneaux avec ses deux enfants. "Il décède d’une rupture d’anévrisme, après une très longue journée de travail. Il a 59 ans. Le monde s’écroule pour moi. C’est un drame personnel et un bouleversement professionnel : il était le guide qui devait me faire découvrir la cuisine. Et l’entreprise risquait de s’écrouler, de perdre les trois étoiles" se remémorait Anne-Sophie Pic dans le Monde en 2017.
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Bien qu'autodidacte et brisée par ce deuil, Anne-Sophie Pic garde sa place en cuisine. Elle affronte les critiques et moqueries de certains qui lui affirment qu'elle n'a rien à faire dans ce milieu, maintenant son père disparu. L'exigence de goût en bagage, apprise à chacun des repas pris durant son enfance, la Cheffe se met en tête de reprendre la Maison Pic. Elle brigue une émotion directe dans l'assiette : "Le goût doit être comme une note de musique : juste, pure, lisible" affirmait-elle dans le documentaire Magistral.e, sur Canal+ en 2020. Libre car non formatée, et devenue la seule maîtresse du vaisseau, Anne-Sophie Pic obtient une troisième étoile en 2007, comme un hommage à ses aînés.
Et si elle s'est vue rattrapée par sa filiation, Anne-Sophie Pic n'en a pas oublié ses premières amours pour l'art et la mode. La Cheffe a su profiter de sa renommée pour signer des collaborations gastronomiques avec les Cafés Dior et le Restaurant Monsieur Dior au Japon. Elle a aussi été en charge du Grand Dîner du Louvre 2026 : "Les autres univers sont pour moi extrêmement inspirant" avouait-elle dans Magistral.e sur Canal+. Elle s'épanouit dans la créativité et ne se refuse aucune expérience, du tapis rouge de la première parisienne de la saison 5 de la série pour fashionistas Emily in Paris à une apparition remarquée dans Ici tout commence sur TF1.
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Femme la plus étoilée du monde, elle possède aujourd'hui sa statut de cire au musée Grévin, ainsi que des hôtels, bars et restaurants aux quatre coins de la planète et elle inaugurera, à l'automne 2026, sa nouvelle adresse parisienne au sein de la Fondation Cartier pour l'art contemporain.
Anne-Sophie Pic soigne naturellement sa tenue en cuisine, "Tout en blanc, j'y tiens. C'est élégant" indiquait-elle au magazine Elle en 2025, avant d'ajouter : "J'aime nos vestes avec col officier et poignets en nid-d'abeilles, portées avec un jean et des sneakers. Un peu en dehors des codes". Le tout sans quitter ses célèbres lunettes noires et rondes.
Un sens aiguisé du détail que la Cheffe semble avoir transmis à son tour à son fils, Nathan, qui se dirige vers le métier de cuisinier après avoir fait ses débuts en pâtisserie... La relève est assurée !