La famille Castel, actionnaire historique du groupe du même nom et propriétaire notamment des caves Nicolas, tenterait actuellement de reprendre le contrôle de son empire du vin et des boissons pesant plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Selon Challenges, ce conflit oppose aujourd’hui les héritiers du fondateur Pierre Castel, âgé de 99 ans, au directeur général du groupe, Gregory Clerc.
L'apogée de ce combat entre puissants date de début janvier à Singapour, où se situe Investment Beverage Business Management (IBBM), l’une des holdings clés du groupe. A ce moment-là, une assemblée générale extraordinaire s’y est tenue afin de révoquer Gregory Clerc, ex-avocat fiscaliste nommé directeur général en 2023. Mais, selon la famille Castel, les actionnaires n’ont pas été en mesure de voter.
D’après les actionnaires familiaux, le président d’IBBM, Pierre Baer, aurait multiplié les blocages. Il est accusé d’avoir refusé les mandats des représentants des actionnaires et d’avoir écarté leurs votes, alors même qu’ils affirmaient représenter près de 90 % du capital. Un actionnaire cité par nos confrères de Challenges évoque des "manœuvres dilatoires illégales" et des "intimidations" ayant conduit la famille à saisir la justice singapourienne.
Conformément au droit local, les actionnaires ont d’abord adressé des mises en demeure. Romy Castel, fille unique du fondateur, a notamment demandé par écrit à Pierre Baer de justifier "les motifs légaux" de ses décisions, se réservant le droit d’engager sa responsabilité personnelle. Faute de réponse, une action judiciaire a été engagée pour "abus de pouvoir" et "violation du droit des affaires".
En plein coeur de ce tourbillon, la richissime famille Castel parle d’une véritable "crise de gouvernance" et estime que ses droits de propriétaire ne sont plus respectés. Parmi les figures les plus engagées de ce bras de fer figure Alain Castel, neveu de Pierre Castel, longtemps impliqué dans les activités du groupe et récemment écarté de plusieurs mandats, ce que la famille interprète comme un signal supplémentaire de la perte de contrôle des actionnaires historiques. Elle annonce la convocation prochaine d’une nouvelle assemblée générale, avec à l’ordre du jour la révocation de Pierre Baer et de Gregory Clerc. L’objectif affiché est de "mettre fin à la captation du pouvoir" et de rétablir une gouvernance fondée sur "l’éthique, la transparence et l’expérience du terrain".
De son côté, le directeur général conteste ces accusations. Dans un communiqué attribué au groupe Castel et relayé par Le Figaro et l’AFP, son entourage rappelle que Gregory Clerc "ne détient aucune participation au capital d’IBBM" et "ne prend aucune part aux votes des actionnaires". Il déplore la diffusion d’informations "fausses ou tronquées" susceptibles de nuire à la réputation du groupe, et affirme rester "pleinement engagé" à la tête de DF Holding, la structure luxembourgeoise chapeautant les principales activités opérationnelles.
Pour rappel, en 2024, le groupe Castel a réalisé 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont plus d’un milliard pour la branche vins, qui comprend notamment Maison Nicolas.
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