"La décision de maintenir Jean-Marc Morandini, c’est une décision qui ne m’appartient pas. C’est la direction de CNews qui a assumé cette décision par fidélité, semble-t-il, à son égard. J’ai beaucoup de respect pour ma direction, pour ma hiérarchie, mais en aucun cas ça ne vaut de cautionner cela, en aucun cas c’est une complaisance morale par rapport à ce dont nous parlons et qui est d’une gravité réelle", indiquait Sonia Mabrouk en janvier dernier à propos du retour de Jean-Marc Morandini à l'antenne de CNews, après sa condamnation par la justice pour corruption de mineurs. Des propos exprimés par la journaliste de 49 ans car, selon elle, CNews "est la chaîne de la liberté d'expression."
Elle a peut-être parlé trop vite. Le 6 février dernier, Sonia Mabrouk annonçait son départ de la chaîne, où elle officiait depuis neuf ans, avant que sa collaboration avec Europe 1, qui appartient également au groupe Bolloré, ne prenne également fin. Elle ne restera manifestement pas longtemps au chômage, puisque ce vendredi 20 février, la chaîne BFMTV annonçait en grande pompe que l'ex du chef Guy Savoy allait rejoindre leurs rangs à la rentrée prochaine. Une décision qui serait loin de ne faire que des heureux parmi les rangs de la chaîne concurrente de CNews, à en croire une longue enquête menée par nos confrères du Parisien parue ce dimanche 22 février.
"Le recrutement, la saison prochaine, de Sonia Mabrouk n'a pas ravi tout le monde au sein de la chaîne info", indique Benjamin Meffre, l'auteur de l'article en question, qui précise dans la foulée que "l'accueil" de la journaliste a été "glacial" : "Il y a une forme d'inquiétude, voire même d'énervement chez certains", confirme un journaliste à notre confrère. La venue prochaine de Sonia Mabrouk a également alerté les différents syndicats de la chaîne. Ainsi, la Société des journalistes (SDJ) de BFMTV a rappelé son "attachement" à un "traitement non partisan de l'information" dans un communiqué publié vendredi.
"La journaliste Sonia Mabrouk a été durant des années l'une des figures des médias de Vincent Bolloré. Mais comme pour tout membre de la rédaction, son travail futur devra s'inscrire dans le cadre des exigences déontologiques et éditoriales qui s'appliquent à l'ensemble de nos équipes", précise de plus ce communiqué. Un tract signé par trois autres syndicats du groupe s'inquiète d'une possible "Bollorisation de BFMTV" incarnée par ce recrutement d'un des visages les plus connus de la sphère du milliardaire breton : "Sonia Mabrouk n'a jamais remis en cause la ligne éditoriale de CNews", rappellent ces organisations qui considèrent que Sonia Mabrouk a directement participé à la "banalisation de l'extrême droite".
Une venue de Sonia Mabrouk, dont le futur job n'a pas encore été précisé par la direction de BFTMV, risquerait même de faire basculer l'antenne "en faveur d'une politique extrémiste, bien loin de la déontologie journalistique", alertent les syndicats. Un reporter qui s'est entretenu avec le journaliste du Parisien abonde : "Cela fait plusieurs mois qu'on s'inquiète d'une droitisation de l'antenne. Ce recrutement ne nous rassure évidemment pas et on va rester vigilants", indique-t-il dans les colonnes du quotidien régional, tandis qu'un de ses collègues nuance la situation. "En fait, on est divisés en deux camps. D'un côté, ceux qui se disent que ce recrutement est un bon coup et qu'il va peut-être nous relancer dans une période difficile. De l'autre, ceux qui râlent d'avance sans même attendre de juger sur facture", explique le professionnel. À chacun son avis.
BFMTV est en perte de vitesse. Doublement concurrencée par CNews et LCI, la chaîne d'information en continu peinerait à trouver son ton et à se démarquer. Une baisse d'audience qui affecte directement les revenus de la chaîne possédée par Rodolphe Saadé. Les représentants syndicaux s'inquiètent aussi du prix que va coûter à leur direction une tête d'affiche comme Sonia Mabrouk, même s'il reste impossible pour le moment de savoir combien va coûter cette nouvelle recrue : "Nous espérons que le salaire de Sonia Mabrouk, que nous imaginons généreux, ne viendra pas grever les comptes", indiquent-ils dans leur tract en rappelant les réductions d'embauche et le recours de plus en plus fréquent à des pigistes pour assurer les besoins salariaux. "On ne fait pas venir de tels profils sans casser sa tirelire. L'important, désormais, c'est de savoir ce qu'elle va nous apporter en échange", conclut un ancien de la chaîne dans les colonnes du Parisien. Réponse en septembre prochain pour voir les performances de l'ancienne sbire de Vincent Bolloré sur le canal 13 de la TNT.
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