En juillet 2013, le groupe français LVMH a concrétisé une opération financière majeure dans le secteur du luxe en s'offrant la prestigieuse maison italienne Loro Piana. Pour acquérir 80 % du capital de cette entreprise familiale spécialisée dans le prêt-à-porter et les tissus très haut de gamme, le groupe dirigé par Bernard Arnault a déboursé la somme de 2 milliards d'euros. Dans le milieu des affaires, la cible était particulièrement valorisée pour son positionnement d'ultra-luxe. Comme le rapportait une dépêche de l'AFP à l'époque, l'entourage de Bernard Arnault résumait d'ailleurs l'importance de cette acquisition en une formule directe : "C'est le Hermès italien".
Bien que la marque ait longtemps repoussé les propositions des grands conglomérats, les discussions n'auraient duré qu'un mois. Selon des informations obtenues par l'AFP auprès d'une source proche du dossier, la démarche est venue directement des dirigeants italiens : "Ils ont appelé monsieur Arnault pour rapprocher les deux entreprises et les discussions ont commencé". Les frères Sergio et Pier Luigi Loro Piana ont été convaincus par la méthode de LVMH, qui avait déjà racheté d'autres entités transalpines comme Fendi, Bulgari ou Pucci, tout en maintenant les familles d'origine au sein de la gestion.
La force de cette griffe repose sur son modèle économique unique de contrôle vertical, gérant la production depuis l'approvisionnement en matières premières jusqu'à la distribution dans ses 130 magasins à travers le monde. La maison s'est imposée grâce à l'utilisation de matériaux d'une grande rareté, à l'image du cachemire de haute qualité, de la fibre de fleur de lotus originaire de Birmanie ou du poil de vigogne blanc. Cette dernière matière, dont la production mondiale n'excédait pas 8 000 kilos par an à l'époque, affichait un coût huit à dix fois supérieur à celui du cachemire. Lors de la transaction, Bernard Arnault avait déclaré : "Loro Piana est une maison rare, rare par la qualité unique de ses produits, en particulier ses produits textiles en cachemire, et rare par ses racines familiales remontant à six générations".
Au moment de la finalisation du rachat en décembre 2013, la gouvernance s'est organisée de manière à garantir la continuité des activités au sein du géant du luxe. Les frères Loro Piana prenaient la vice-présidence, tandis qu'Antoine Arnault, alors âgé de 36 ans et directeur général du bottier Berluti, était nommé président du conseil d'administration. L'AFP relayait alors le communiqué des deux frères : "We are very happy to officially join the LVMH group today" ("Nous sommes très heureux de rejoindre officiellement le groupe LVMH aujourd'hui").
Ce vestiaire d'initiés, synonyme d'élégance discrète et de "quiet luxury", séduit depuis toujours une clientèle de premier plan et de nombreuses célébrités. Des personnalités politiques comme Bernadette Chirac ont ainsi succombé à la douceur de ses mailles, tandis que le top model Natalia Vodianova, par ailleurs épouse d'Antoine Arnault, a elle aussi prêté ses traits à la marque en tant qu'égérie. Une fidélité qui se transmet également à d'autres visages familiers : la cavalière Jessica Springsteen a elle aussi endossé ce rôle d'ambassadrice, alors que le jeune Brooklyn Beckham est régulièrement aperçu en train d'y faire son shopping.
L'intégration de la marque au sein du portefeuille de LVMH s'est poursuivie avec succès sur le long terme, marquant également l'implication de la nouvelle génération de la famille Arnault. Après avoir dirigé la marque horlogère suisse TAG Heuer, Frédéric Arnault a été nommé Président-directeur général de Loro Piana en juin 2025. Cette nomination à la direction opérationnelle de ce fleuron italien confirme la stratégie de transmission familiale et de continuité voulue par le groupe depuis le rachat initial de 2013.