Maurice Jarre aurait eu 102 ans ce 13 septembre 2026. Mort en mars 2009 à l’âge de 84 ans, le célèbre compositeur a laissé derrière lui une œuvre immense, mais aussi une succession qui a donné lieu à une longue bataille judiciaire. Père du musicien Jean-Michel Jarre et de Stéphanie, il avait pourtant choisi de léguer l’intégralité de ses biens à sa dernière épouse, Fui Fong Khong. Une décision possible grâce au droit californien, puisque Maurice Jarre vivait aux États-Unis, depuis les années 1960. Ses deux enfants ont alors contesté ce choix devant les tribunaux français, puis devant la Cour européenne des droits de l’homme. Mais plus de quinze ans après la disparition du compositeur, ils n’ont finalement pas obtenu gain de cause, en 2024. Une affaire qui n’est pas sans rappeler la très médiatisée succession de Johnny Hallyday : là encore, le recours au droit californien avait été au cœur du conflit opposant les enfants du défunt à sa veuve.
Né à Lyon le 13 septembre 1924, Maurice Jarre s’est imposé comme l’un des grands compositeurs de musique de films. Sa collaboration avec le réalisateur David Lean lui a notamment permis de décrocher trois Oscars, pour Lawrence d’Arabie, Le Docteur Jivago et La Route des Indes. Installé en Californie, il y a vécu une grande partie de sa vie et y a organisé sa succession.
Décédé d'un cancer dans sa villa de Los Angeles, le patrimoine de Maurice Jarre devait revenir à sa dernière épouse, Fui Fong Khong. Pour que sa volonté soit faite, Maurice Jarre avait mis en place un "family trust", une structure juridique prévue par le droit californien, indique nos confrères de Libération. Un choix qui allait rapidement opposer sa veuve à ses deux enfants puisque ces derniers n'ont pas accepté de voir s'envoler leur héritage. L'ancien mari d'Anne Parillaud et de Charlotte Rampling publiait une tribune en 2018, relayée par nos confrères du Figaro, dans laquelle il disait ceci : "Le droit des héritiers n'est pas seulement une affaire d'argent, il touche des domaines bien plus importants que sont la protection des liens familiaux et, pour les créateurs, le droit moral des artistes." Il ajoutait : "Il n'est pas acceptable que l'on puisse librement porter atteinte à ce qui fait notre identité familiale, nos origines, à laisser brutalement effacer les traces d'une famille, les souvenirs qui nous lient les uns aux autres, à nos parents, à nos grands-parents... L'interdiction d'avoir accès, si on le désire, à une photo, à un effet personnel de son père ou de sa mère. Voilà ce qui est choquant".
En France, la situation aurait été différente puisque le principe de réserve héréditaire protège une partie de l’héritage des enfants. Mais le droit californien permet, lui, de les écarter d’une succession. En 2017, la Cour de cassation a rejeté la demande des deux enfants, estimant que l’application du droit californien n’était pas, dans cette affaire, contraire à l’ordre public international français. Les deux enfants ont alors porté leur combat devant la CEDH. Rebondissement, en février 2024, la Cour européenne des droits de l’homme les a finalement déboutés. Les juges ont notamment estimé qu’il n’existait pas de droit général et inconditionnel permettant aux enfants d’hériter d’une partie des biens de leurs parents. Les tribunaux français avaient par ailleurs vérifié que Jean-Michel et Stéphanie Jarre ne se trouvaient pas dans une situation de précarité économique.