C'est un témoignage bouleversant que livre Nicolas Demorand dans son livre Intérieur nuit (aux éditions aux Arènes). Dans cet ouvrage, le journaliste de la matinale de France Inter révèle qu'il est atteint de bipolarité. Un sujet qu'il a évoqué en direct à l'antenne ce mercredi 26 mars 2025, mais pas que. L'homme de 53 ans a aussi accepté d'accorder une longue interview au Point afin de revenir sur le moment où le diagnostic a été posé ou encore, sur le soutien indéfectible de sa collègue et amie Léa Salamé.
Après l'avoir caché pendant des années, Nicolas Demorand est désormais prêt à livrer son histoire au grand jour. Le matinalier est atteint "d'un trouble bipolaire de type 2, BP2, une maladie qui est considérée comme lourdement handicapante par l'OMS. Et qu'on pourrait décrire comme un yo-yo psychique. Vous descendez dans la dépression, vous vous effondrez, puis vous remontez très haut dans la joie, vous traversez une certaine forme d'hyperpuissance, avec une élocution très rapide et assurée, et le yo-yo continue pendant toute votre vie, puisque c'est une maladie dont on ne guérit pas". Si cette maladie peut certes être soignée par des médicaments, la personne qui en est atteinte vit "dans une forme d'instabilité psychique très perturbante" comme il l'a expliqué au Point. Le diagnostic n'a été posé qu'il y a huit ans, à l'hôpital Saint-Anne. Au départ, les professionnels de santé qu'il a consultés pensaient à une dépression. Il a ainsi ingurgité de nombreux médicaments qui ne faisaient pas effet, le diagnostic n'étant pas le bon.
Mais en entendant le mot "bipolaire", Nicolas Demorand a "résisté à ce diagnostic parce [qu'il] ne voulait pas être considéré comme un malade mental". "J'ai fini par l'accepter et par essayer de m'y faire. C'est étrange : il faut à la fois baisser les armes et ne pas se révolter contre cet état. Et en même temps accepter de se battre quand même. Se battre, ça veut dire par exemple aller travailler, et travailler avec acharnement. Je copilote la première matinale de France [avec Léa Salamé, NDLR]. Je me lève la nuit à 3 h 30, je file à la radio pour préparer cette émission quotidienne de trois heures, en direct, sans filet, mais je dois aussi accepter, à d'autres moments, le poids d'un psychisme déréglé contre lequel je ne peux rien faire", a-t-il confié.
Un jour, Nicolas Demorand a bien failli se confier. Mais, comme il l'a confié au Point, une figure des médias l'en a dissuadé. Mais un jour, il a pris la décision de sortir de son "cocon du secret". Un moment survenu il y a trois ans et dont il s'est souvenu auprès de nos confrères : "J'étais au fond du trou. Je parlais à Léa Salamé de la tonne de médicaments que je prenais. J'ai fait la liste : Depakote, Teralithe, Lexomil, Largactil, et tous les autres. Léa m'arrête et me dit : 'Est-ce que tu as déjà pensé à raconter ton histoire, essayé l'écriture comme médicament ?' Je reste médusé : à aucun moment l'idée d'un livre ne m'avait traversé l'esprit. La banquise se fissure… Et elle se fissure davantage le jour où je rencontre mes éditeurs, Pierre Bottura et Laurent Beccaria, des Arènes, dans le bar d'un hôtel, pour évoquer ce 'médicament de l'écriture.'" Pour la première fois de sa vie, le frère du regretté Sébastien Demorand se confiait pour la première fois à des personnes qu'il ne connaissait pas. Les deux hommes l'ont encouragé à écrire et il s'y est "mis à fond". "Mais je suis rapidement entré dans une phase maniaque : je me levais à 2 heures du mat, je réécrivais cent fois les phrases. C'était pathologique, alors j'ai tout arrêté : trop dangereux", a-t-il avoué.
Le livre sortira finalement ce jeudi 27 mars et le secret n'en est plus un. Il a donc pu dévoiler comment il gère sa maladie et sa vie professionnelle : "Je me lève tous les matins pour les auditeurs d'Inter. La radio, c'est mon exosquelette. Je suis capable de tenir l'antenne sans encombre, en direct, pour 5 millions d'auditeurs. J'y arrive grâce à mon traitement et à Léa Salamé. Notre amitié dépasse le cadre professionnel. Elle a partagé mon secret. Elle m'a dit : 'Tu n'es pas que ta maladie, Nico.' Et puis : 'Sors de ton trou, vas-y, écris.' Elle a trouvé l'issue. Elle m'a aidé à casser la peur et la honte, cela m'a rendu plus fort. Je ne peux pas oublier ce qu'elle a fait pour moi", a-t-il conclu à son sujet.
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