Après avoir marqué l'histoire de la mode française avec Naf Naf, Patrick Pariente a ouvert un nouveau chapitre entrepreneurial. Aux côtés de ses filles Leslie Pariente et Kimberley Pariente, il a bâti Maisons Pariente, une collection d'hôtels cinq étoiles qui revendique un luxe chaleureux, loin des codes des grandes chaînes internationales. Pour Ode, les deux sœurs reviennent sur cette aventure familiale, leur héritage, leurs ambitions et la manière dont elles construisent leur propre histoire.
Le destin de la famille Pariente semblait d'abord s'écrire dans la mode. Cofondateur de Naf Naf avec son frère Gérard, Patrick Pariente a contribué à faire de la marque une référence du prêt-à-porter français avant sa vente au groupe Vivarte en 2007. La famille s'est ensuite tournée vers l'immobilier, avant que l'hôtellerie ne s'impose presque naturellement. Comme l'expliquait déjà Patrick Pariente aux Échos, "le fait d'avoir été dans l'immobilier nous a conduits à l'hôtellerie", un secteur où se rejoignent savoir-faire immobilier, sens du marketing et goût de l'esthétique.
Aujourd'hui, Maisons Pariente réunit Le Grand Mazarin à Paris, Le Coucou à Méribel, Lou Pinet à Saint-Tropez et Crillon Le Brave en Provence. Un cinquième établissement, Le Saint-Roch à Courchevel, ouvrira ses portes en décembre. Contrairement à de nombreux groupes hôteliers, la famille possède et exploite directement ses établissements, avec une philosophie revendiquée : privilégier des adresses singulières plutôt qu'une croissance à tout prix.
Pour Leslie Pariente, l'histoire commence bien avant les hôtels. Diplômée de finance et d'immobilier, elle rejoint rapidement la foncière familiale afin de développer les investissements immobiliers. Puis survient une opportunité qui changera tout : celle de créer un premier établissement hôtelier à Courchevel, alors que la famille n'est pas encore issue de ce secteur. "On s'est retrouvé face à ce challenge de construire un hôtel à Courchevel en sachant qu'on n'était pas hôteliers, mais conscients qu'on avait un emplacement d'exception", raconte-t-elle.
Cette première aventure donne naissance à L'Apogée Courchevel, exploité par Oetker Collection, avec lequel la famille travaille toujours aujourd'hui. Une expérience fondatrice pour Leslie Pariente, qui considère cette collaboration comme une véritable école. "Ça a été une école avec des profs plus, plus, plus", sourit-elle. Sa sœur Kimberley rejoint ensuite naturellement l'entreprise familiale après plusieurs années passées à Los Angeles dans le secteur de la mode. Si l'hôtellerie n'était pas un objectif initial, les opportunités vont rapidement s'enchaîner. "Ce n'était pas vraiment une stratégie. Ce sont des opportunités sur lesquelles on s'est placés naturellement", explique-t-elle.
Être les filles de Patrick Pariente représente-t-il un avantage ou une pression ? Les deux sœurs ne cherchent pas à éluder la question. "C'était sûrement les trois", répond Kimberley Pariente lorsqu'elle évoque la chance, la responsabilité et le défi que représente cet héritage. "C'est une chance parce qu'il nous a beaucoup transmis. On a pu observer l'entrepreneur qu'il était et apprendre en le regardant. Mais c'était aussi une responsabilité parce qu'on a hérité d'une histoire forte, d'une histoire entrepreneuriale importante. Naturellement, on a envie d'être à la hauteur."
Pour autant, les deux dirigeantes souhaitent écrire leur propre chapitre. "On n'a pas nécessairement envie de vivre dans l'ombre d'un héritage. Nous aussi, on a envie de créer notre histoire et de mettre notre pierre à l'édifice", confie Kimberley. Cette volonté de construire leur propre identité transparaît dans chacune de leurs décisions. Si Patrick Pariente demeure présent, Leslie et Kimberley pilotent aujourd'hui l'ensemble de la stratégie de Maisons Pariente.
Si elles dirigent ensemble le groupe, Leslie et Kimberley revendiquent une complémentarité presque naturelle. "Ma sœur est beaucoup plus cartésienne, beaucoup plus business. Moi, j'ai un côté plus créatif", résume Kimberley. Leur relation dépasse largement le cadre professionnel. "On a une super relation d'amies, de partenaires et de sœurs", explique-t-elle. Pour Leslie, cette confiance mutuelle constitue l'un des principaux atouts d'une entreprise familiale : "Ce n'est pas la famille ou le business, c'est l'un avec l'autre. Il faut que chacun trouve sa place, apporte sa pierre à l'édifice et qu'il y ait une confiance totale."
Chez Maisons Pariente, l'objectif n'est pas simplement d'offrir un hébergement haut de gamme. "Nous essayons de créer des lieux qui ont une âme", insiste Kimberley. "On veut créer des atmosphères, tisser un lien avec nos clients et marquer leur esprit." Chaque établissement est pensé dans les moindres détails, depuis les œuvres d'art jusqu'au menu enfant. "Ma sœur et moi sommes impliquées dans chacune des décisions : une œuvre d'art, un couvert, une marque de soins ou le menu enfant." Pour Leslie, cette philosophie est simple : "Accueillir les gens comme on les accueillerait s'ils venaient chez nous en vacances."
Cette approche rejoint le positionnement revendiqué par Maisons Pariente, qui défend une vision d'un "luxe simple et chaleureux", loin de l'uniformisation des grandes enseignes internationales. Une dimension familiale qui ne séduit pas seulement les clients, mais aussi les collaborateurs. Au lancement du groupe, Leslie se souvient avoir demandé aux premières recrues pourquoi elles avaient choisi cette jeune maison plutôt qu'une grande chaîne hôtelière. "Beaucoup nous répondaient : 'Je voulais travailler pour une famille. Je voulais travailler dans une maison.'" Selon elle, cette culture constitue aujourd'hui une véritable force : "On gère une entreprise avec des valeurs familiales. Cette bienveillance permet d'embarquer les équipes dans l'aventure."
Autre élément distinctif du groupe : la place accordée à l'art. Une passion héritée de leur mère, collectionneuse et passionnée d'histoire de l'art. "L'art a toujours fait partie de notre culture familiale", explique Kimberley. Les deux sœurs passent des mois à chiner meubles, objets et œuvres pour chacun de leurs établissements. "Cela fait deux ans qu'on parcourt les Puces et qu'on chine partout où l'on voyage", raconte Leslie en riant.
Cette passion les a conduites à créer le Prix Maison Pariente, destiné à soutenir les jeunes artistes émergents grâce à des résidences, une exposition et un accompagnement médiatique. "On rencontre énormément de jeunes artistes talentueux. Beaucoup ont du mal à vivre de leur art. On avait envie de leur donner un coup de projecteur", explique-t-elle.
Après avoir ouvert quatre établissements en quelques années et avant l'inauguration du Saint-Roch à Courchevel, les deux dirigeantes regardent déjà plus loin. "La prochaine étape, ce sera l'étranger", annonce Leslie. "Mais toujours en restant très exigeantes sur les emplacements." Une expansion qui devra donc respecter l'identité construite par la famille.
Pour Kimberley, le développement ne devra jamais se faire au détriment de l'ADN du groupe. "Il faut continuer à garder le contrôle sur la direction artistique, sur les talents avec lesquels on travaille et rester entourés de gens qui nous font rêver." Grandir, oui. Se standardiser, jamais. Une philosophie qui résume finalement l'histoire des Pariente : après avoir créé une marque iconique dans la mode, la famille entend désormais bâtir un groupe hôtelier reconnu non pas par sa taille, mais par son âme.
Les propos recueillis dans cette interview sont exclusifs à Ode.