Au cœur de la ville nouvelle de Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, les ruines du château du Genitoy cachent un passé prestigieux. Avant d’être laissé à l’abandon, ce domaine a hébergé de puissants seigneurs. L’anecdote la plus célèbre reste liée à Madame de Montespan, maîtresse du roi Louis XIV, qui y accoucha de leur enfant adultérin, Louis-César de Bourbon, comte de Vexin. Par la suite, cette riche propriété historique a appartenu à des figures illustres, telles que le duc d'Otrante Joseph Fouché, puis le célèbre banquier, le baron James de Rothschild.
A son apogée, l'édifice du XVIIe siècle s'étendait sur une longueur de 60 mètres. Il se composait de deux pavillons encadrés par des douves en eau, agrémentés d’un grand parterre ainsi que de communs en forme de U et d'une écurie. Sous l'impulsion de Joseph Fouché puis du baron James de Rothschild, le domaine a toutefois connu une évolution logique grâce à la qualité exceptionnelle de ses terres, se transformant progressivement en une vaste ferme briarde. Cette exploitation agricole permettait de percevoir une rente confortable, mais elle a malheureusement conduit ses gérants successifs à délaisser le château d'origine, jusqu'à le convertir en une simple grange en 1784. Malgré les outrages du temps et ces transformations, la valeur patrimoniale du site a été officiellement reconnue à la fin de la Seconde Guerre mondiale : en 1944, l’ensemble architectural a ainsi été inscrit aux monuments historiques.
Aujourd'hui, le domaine de temps anciens s'étend sur cinq hectares à l'est de la commune et offre un contraste saisissant au milieu des immeubles neufs. Les herbes folles envahissent la bulle de vente d'un projet immobilier à l'arrêt, et les bâtiments en ruine s'exposent aux intrusions. Le dimanche 3 mai 2026, vers 18 h 15, un incendie de matelas s’est déclaré au premier étage de l'ancien corps de ferme, nécessitant l'intervention des pompiers jusqu’à 22 h, comme le précise Actu.fr. Face aux risques de squat et d'urbex, des habitants ont lancé une pétition réunissant 119 signatures pour réclamer une "sécurisation urgente" avec clôtures et surveillance. "L’objectif est simple : éviter que ce lieu chargé d’histoire continue de se dégrader et prévenir de nouveaux incidents", peut-on lire sur Facebook. Cet abandon remonte à loin. Propriété de l'AFTRP en 1999, le site est cédé à la ville, puis vendu en 2001 par le maire Hugues Rondeau au groupe France Pierre pour 4,6 millions de francs.
Bien qu'une opération mixant hôtellerie de standing et logements y ait été planifiée dès le départ, aucun projet n’a abouti en 25 ans. Un permis de construire déposé en 2003 a été retoqué pour l'assainissement, et un autre validé en 2013 est devenu caduc. Yann Dubosc, le maire actuel de Bussy-Saint-Georges, se remémore auprès d'Actu.fr : "Lorsque je suis arrivé en poste en 2016, le permis était caduc." Et d'évoquer la vente passée : "A mon sens, c’était une erreur majeure de vendre ce patrimoine mais leur projet est un très beau projet." La mairie n'a cependant jamais pu racheter le lieu : "France Pierre n’a jamais été vendeur et de toute façon, le coût des travaux de réhabilitation est prohibitif, on parle de 40 millions d’euros et plus le temps passe, plus les bâtiments se dégradent. Très peu d’acteurs ont le pouvoir de mener un tel chantier."
Le blocage provient d'un conflit juridique, comme il le détaille : "Il y a un litige entre le propriétaire et l’aménageur EpaMarne. Ça a été jusqu’au dépôt d’un recours contentieux devant le tribunal administratif." Une médiation est engagée par le tribunal de Melun pour sortir de l'impasse. "Il faut absolument trouver un accord pour sauver ce patrimoine. Je ne sais même pas si on a encore un hiver devant nous. C’est un peu l’opération de la dernière chance", insiste le maire. En attendant, il ajoute : "Je comprends l’inquiétude des riverains et nous avons demandé une sécurisation du site mais cette conciliation doit aboutir pour qu’on puisse avancer." Si les discussions du 27 mai 2026 réussissent, le projet verra le jour en trois ou quatre ans, soutenu par une clause stricte du PLU empêchant toute autre construction.
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