Il suffit parfois d’un film pour faire basculer la carrière d’un acteur et le faire passer de l’ombre à la lumière. Celle d’Omar Sy avait explosé après Intouchables, celle de Laure Calamy après Antoinette dans les Cévennes. Jean-Pascal Zadi, lui, a dû attendre que Tout simplement noir montre enfin au grand public l’étendue de ses talents. Dans ce long métrage qu’il a coécrit, coréalisé et dans lequel il tenait le premier rôle, le comédien incarnait un acteur raté d’une quarantaine d’années, décidé à organiser une grande marche pour protester contre la sous-représentation des personnes noires dans la société et les médias. Sorti en juillet 2020, le film a attiré près de 800 000 spectateurs dans les salles. Un mois plus tard, Jean-Pascal Zadi fêtait ses 40 ans et voyait enfin le succès couronner des années de travail.
Il n’avait pourtant pas attendu de devenir quadragénaire pour plancher. Né, comme sa fille plus tard, avec une étonnante particularité physique, en Seine-Saint-Denis le 22 août 1980, d’un père et d’une mère ivoiriens arrivés en France à la fin des années 1970, Jean-Pascal Zadi est le cinquième d’une fratrie de dix enfants. Il grandit en Normandie, loin du monde du cinéma. "Pour moi, le rêve inaccessible, c’était le cinéma, devenir réalisateur. J’ai grandi à côté de Caen, je ne connaissais personne, on me disait que c’était impossible…", confiait-il à Madame Figaro en février 2026, lors de la promotion du Rêve américain, dont il partageait l’affiche avec Raphaël Quenard. Un film qui racontait la réussite de deux Français dans le monde du basket américain. "Ces deux hommes qui ont des rêves un peu trop grands par rapport à leurs origines, c’est exactement nous, nos vies", expliquait également le comédien à Gala au même moment. "On a vécu les galères comme des étapes qui nous ont permis d’avancer. Les difficultés ont nourri le feu que j’avais en moi."
Parmi ces difficultés figurent aussi celles liées à sa couleur de peau. Dans un long portrait publié par Le Monde en janvier 2023, Jean-Pascal Zadi se souvenait de cette petite fille qui avait refusé de lui donner la main à l’école primaire, de ces supporters adverses qui lui lançaient "Blanche-Neige" lorsqu’il jouait au football ou encore de cette personne âgée qui avait manqué de respect à sa mère, venue faire le ménage chez elle. Sans oublier les contrôles d’identité à répétition...
L’un d’eux lui vaudra un passage mémorable dans un commissariat de police. L’épisode se déroule du côté de la gare Saint-Lazare, à Paris. Arrêté une énième fois par une brigade qui lui demande ses papiers, Jean-Pascal Zadi refuse cette fois de les présenter. "Normalement, quand il y a des policiers, je suis la plus grosse flippette. Je ferme ma gueule. Mais, ce jour-là, j’ai dit : "Non, je n’ai pas envie de vous montrer mes papiers"", racontait-il avec humour au Monde.
Son refus le conduit au commissariat, où il est placé en garde à vue. C’est alors que ses talents de comédien, déjà en germe, vont faire des miracles. "Au bout d’un moment, j’ai commencé à blaguer avec le flic qui me gardait", poursuivait le comédien. Ses plaisanteries font mouche. Probablement séduit par la répartie de ce jeune homme qui a davantage l’air d’un saltimbanque que d’un délinquant, le policier finit par prendre une décision inattendue : "Il m’a dit : "Mais tu fais quoi ici, au fait ? T’es trop marrant. Allez, sors !""
Cet humour, Jean-Pascal Zadi avait compris très tôt qu’il pouvait l’aider à se sortir de situations délicates. "Petit, mon but dans la vie, c’était d’être comme les autres, expliquait-il toujours au Monde. Mais j’étais grand, j’étais noir et j’avais les dents avancées. Je n’avais justement rien comme les autres. J’étais complexé."
Avant de se tourner vers la musique et le cinéma, le jeune homme se distingue d’abord ballon au pied. Passé par le centre de formation du Stade rennais, il joue en amateur à l’USO Mondeville, dominant les autres joueurs du haut de son mètre quatre-vingt-treize. Un sport associé dans sa famille à un souvenir tragique, puisque l’un de ses frères est mort d’une crise cardiaque sur un terrain de football.
Un autre drame va profondément bouleverser sa propre existence. Jean-Pascal Zadi a 16 ans lorsque, de retour en voiture d’un concert de rap à Mantes-la-Jolie, lui et ses amis sont victimes d’un accident. L’un d’eux y perd la vie. "Je me suis dit : tout ça, c’est une arnaque. Il faut kiffer le moment, s’amuser un maximum, faire ce que j’ai envie de faire, confiait-il au Monde. Moi, je voulais choisir ma vie, en prendre possession. C’est sûr que l’accident de voiture a beaucoup joué dans ma décision." À 19 ans, avec son frère Alain, rebaptisé Al1, et un autre ami prénommé Stéphane, alias Drama, il fonde le groupe de rap La Cellule et se fait appeler MacZ. "C’était revendicatif, social. On essayait de décrire notre situation de Noirs et de pauvres à Caen. Apparemment, ça n’intéressait pas grand monde", reconnaissait-il lors de ce même entretien.
Bac littéraire en poche, il s’inscrit à la faculté, puis dans un BTS, sans toutefois mener son parcours universitaire à son terme. Rattrapé par son envie de devenir artiste, cet amoureux du cinéma populaire, fan de Pierre Richard et de Jean-Paul Belmondo, décide de "monter" à Paris. Dans la capitale, il loge chez les uns et les autres et s’inscrit au Cours Simon. Il abandonne cependant dès le mois d’intégration, après qu’un professeur lui a affirmé qu’il ne serait jamais crédible dans le rôle de Louis XIV.
Passionné par la vidéo, il achète à crédit une caméra à la Fnac. Un emprunt qu’il ne remboursera jamais et qui lui vaudra d’être interdit bancaire. Mais qu'importe : il va enfin pouvoir réaliser son rêve et commencer à tourner ses propres films. Le rêve prend toutefois parfois des allures de cauchemar. Comme cette fois, également racontée au Monde, où du cannabis est découvert dans la cave de l’immeuble dans lequel il vit. "Je n’y mettais jamais les pieds. Des dealers l’avaient mis là", racontait-il. Arrêté par la police, il finit par être libéré, mais ressort marqué par l’expérience : "Je me suis rendu compte que j’aurais pu finir en prison."
Des années plus tard, Jean-Pascal Zadi peut plaisanter sur ce passé et mesurer le chemin parcouru. "Avant, dans la rue, j’étais noir. Aujourd’hui, je suis acteur", déclarait-il au Figaro en février 2026. Un acteur qui, poussé à ses débuts par Camille Moulonguet, celle qui partage encore sa vie, n’en finit plus de travailler. Au cours des six dernières années, Jean-Pascal Zadi a joué dans quatorze films : une revanche éclatante pour celui qui a longtemps cherché sa place et semble désormais bien décidé à ne plus quitter la lumière. Une manière, peut-être, à 46 ans, de rattraper le temps perdu.