En 2023, Renaud Capuçon présentait deux violons "infiniment légers, d’un bois patiné et mat", aux journalistes du Monde. "Le premier est un stradivarius. Le second, un guarneri del Gesù sur lequel jouait Isaac Stern", expliquait le musicien. À 50 ans, le violoniste en possède d’autres, mais ceux-ci sont "les plus précieux", non seulement parce qu’ils valent "au-delà de la dizaine de millions d’euros", mais surtout parce que c’est avec eux qu’il donne "une personnalité à son jeu, une âme à la musique".
"Si je voulais vous donner un élément de comparaison, je dirais que l’un est un immense bourgogne et l’autre un immense bordeaux", confiait-t-il. Deux chefs-d’œuvre nés à Crémone au XVIIIᵉ siècle, l’un signé Guarneri del Gesù, rival d’Antonio Stradivari, l’autre issu de la main de ce dernier.
Mais l’histoire la plus intime concerne le guarneri, le mythique "vicomte de Panette" de 1737. "C’est la banque suisse italienne BSI qui a proposé, en 2005, de m’acheter un violon selon mes goûts", racontait Renaud Capuçon dans un récit rapporté par Le Monde. Après plusieurs essais, il apprend que "le violon de Stern va être en vente". L’instrument, jadis indissociable du grand violoniste américain qui en décrivait la sonorité "sombre, boisée et colorée", s’impose immédiatement. "C’est le violon de ta vie, tu dois y aller", lui souffle son épouse Laurence Ferrari.
"J’ai eu un coup de foudre pour le del Gesù de Stern. Il avait exactement le son dont j’avais toujours rêvé. Un mélange de cachemire, de soie et de velours", a-t-il indiqué. Lorsque son archet touche les cordes, la certitude demeure : "Il avait exactement le son dont j’avais toujours rêvé". La BSI valide alors son achat pour "10 millions de dollars" et le prête au musicien pour dix ans renouvelables. Une "chance immense" dans un univers où le mécénat instrumental est courant en Suisse ou en Allemagne, mais "encore rare" en France.
le plus grand emprunt de sa vie
Tout bascule en 2016 : la banque disparaît après un scandale financier. L’instrument est mis en vente, même si Capuçon reste prioritaire. "Vous comprenez, cet instrument m’a ancré dans le sol. Il me parle, j’entends son frottement", confiait le papa d'Eliott. Mais le défi est vertigineux : "10 millions d’euros" à réunir en "six mois".
L’achat devient alors "le plus grand emprunt de sa vie", un risque assumé pour préserver ce lien unique entre un artiste et sa voix musicale. Car plus qu’un objet d’exception, ce violon demeure pour Renaud Capuçon une évidence intime : celle d’un "coup de foudre" devenu un instrument fétiche de son destin.