Lorsque Pablo Picasso meurt le 8 avril 1973 à Mougins, il laisse derrière lui non seulement une œuvre démesurée, mais aussi une situation successorale d’une complexité inédite. Mort sans testament, l’artiste ouvre ce que la presse de l’époque qualifiera rapidement d’héritage du siècle. Une situation qui va prendre près de 7 ans à se dénouer.
Selon un article du Monde paru en 1977, l’ensemble des biens laissés par Picasso est alors estimé à environ à environ 1,2 milliard de francs, après des années de procédures et d’inventaires menées sous la direction du commissaire-priseur et expert judiciaire Maurice Rheims. Ce chiffre, considérable pour l’époque, correspondrait à environ 700 millions d’euros actuels, une somme qui semble désormais faible comparée aux ventes de chefs-d’œuvre comme Les Femmes d’Alger ou Garçon à la pipe.
Mais l’enjeu dépasse largement les chiffres. La succession concerne six héritiers directs, entre héritiers dits "légitimes" - Jacqueline Roque, dernière épouse de l’artiste, et Paulo, fils né de son mariage avec Olga Khokhlova - et héritiers nés hors mariage : Maya, Claude et Paloma. La reconnaissance juridique de ces enfants illégitimes fut obtenue en 1974 grâce à l’application rétroactive de la loi du 3 janvier 1972 sur la filiation, comme le rappelle ELLE en juin 2024. Selon Picasso.fr, chaque héritier engage alors un avocat prestigieux pour défendre ses droits : Roland Dumas pour Jacqueline, Jean-Denis Bredin pour Claude et Paloma, Albert Naud pour Marina et d’autres pour Paulo et Maya.
L’inventaire de Maurice Rheims révèle l’ampleur de l’œuvre : 1 885 tableaux, plus de 1 200 sculptures, environ 7 000 dessins, 3 222 céramiques et près de 30 000 gravures et estampes, ainsi que des biens immobiliers emblématiques comme le château de Vauvenargues, la villa La Californie à Cannes ou le mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins. En revanche, Picasso avait peu investi dans la finance, préférant conserver ses œuvres.
La succession Picasso est également marquée par la dation en paiement des droits de succession, permettant à l’État de recevoir près de 20% de l’héritage sous forme d’œuvres. Cette décision donnera naissance au musée Picasso, ouvert en 1985, qui conserve encore aujourd’hui plusieurs milliers de pièces issues de cette héritage astronomique
La répartition privée demeure inégale. Jacqueline et Paulo reçoivent les parts les plus importantes, tandis que Maya, Claude et Paloma héritent de sommes moindres, bien que reconnues par la justice. Comme le souligne nos confrères de ELLE, l’héritage artistique s'et ainsi transformé au fil des ans en véritable héritage "maudit".
Aujourd’hui, avec la valeur actuelle de ses œuvres qui atteint plusieurs millions d’euros par pièce, l’estimation initiale de 1,2 milliard de francs paraît presque dérisoire. Les héritiers continuent de gérer les droits patrimoniaux, notamment Paloma à la tête de la société Picasso Administration, perpétuant la fortune et l’influence culturelle de l’artiste.
Ainsi, plus de cinquante ans après sa mort, Picasso reste non seulement un génie de la peinture, mais aussi la cause d’une guerre d'héritage entre ses descendants.
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