À 94 ans, Gérard Mulliez, fondateur du géant de la distribution Auchan, demeure l’un des milliardaires les plus discrets… et probablement l'un des plus économes de France. Dans le cadre de la sortie de la biographie qu’elle lui consacre chez Grasset, L’épopée du fondateur d’Auchan, sa petite-fille Margaux Mulliez (la fille d'Arnaud, le fils aîné) a été interrogée par Libération le 4 février 2026. L’article révèle plusieurs anecdotes sur son mode de vie frugal : "Lors des dimanches en famille, Daddy (comme le surnomme ses petits-enfants, ndlr) boit un doigt de porto, ne boude pas les gâteaux apéritifs ramollis et se fait houspiller pour sa lenteur à finir son assiette. Ensuite, il grille un cigarillo, assis dans son vieux fauteuil vert au tissu usé."
Riche à milliards, Gérard Mulliez dépense peu et impose cette frugalité autour de lui. On apprend notamment qu'il obligeait son comité directeur à déjeuner chez Flunch, contraignait un VRP à renoncer à sa Porsche flambant neuve, et lui-même conduisait une Mercedes âgée de 30 ans. Toujours vêtu de son costume anthracite élimé aux coudes et sous son éternel anorak noir, il "ressemble à un expert-comptable pour qui un sou est un sou", raconte une communicante. Même dans ses loisirs, Mulliez préfère la simplicité et l’autonomie : il s’occupe à sa manière du jardin de sa villa de Ramatuelle, loin des fastes et du luxe ostentatoire appréciés des autres milliardaires de sa trempe.
Cette rigueur n’a jamais empêché le succès. Dans le documentaire Le Club diffusé sur Canal+, on le voit marcher avec son petit-fils Alexandre Mulliez, copropriétaire du FC Versailles, et évoquer sa fameuse "règle du trou" : mieux vaut laisser un poste vacant que de remplir un vide avec quelqu’un qui ne correspond pas au modèle de l’entreprise. "Soit on les forme et ils se laissent former, soit on ne sait pas les former et ils n’ont plus qu’à aller travailler ailleurs. Il vaut mieux un trou que quelqu’un qui ne correspond pas au modèle", explique-t-il. Cette philosophie managériale, appliquée dès les débuts d’Auchan dans les années 1960, a façonné l’ensemble de la galaxie Mulliez, comprenant plus de 130 enseignes et 670 000 salariés.
Fils d’un industriel du Nord, Mulliez n’a jamais cherché à se mettre en avant, bien au contraire. Curieux, il observe le modèle américain des supermarchés avant d’ouvrir son premier magasin à Roubaix grâce à un emprunt de 600 000 francs. Conseillé par Édouard Leclerc de "vendre en volume à faible marge", il fait d’Auchan un succès rapide, puis développe un empire familial comprenant Décathlon, Leroy Merlin, Kiabi ou Norauto.
L'homme s'est ainsi hissé en patriarche discret mais exigeant. Mais surtout, Gérard Mulliez prouve qu’on peut diriger un empire à plusieurs milliards tout en comptant chaque sou comme si c’était le dernier.
player2
player2
player2
player2