Il a beau jurer qu’il ne "rêve pas de présidence", Michel-Édouard Leclerc n’en reste pas moins un personnage central de la vie publique française. Patron charismatique, homme d'affaires surmédiatisé… et désormais, père sur le point de passer la main ? À 73 ans, le roi des hypermarchés commence à évoquer, du bout des lèvres, la fameuse "question de la relève". Et pour cause : deux de ses quatre enfants ont déjà discrètement rejoint le groupe familial.
D’après Le Monde, qui lui a consacré un long portrait en août 2024 intitulé Les Leclerc, un nom pour seul héritage, Audrey, l’aînée, âgée de 37 ans, travaille au siège et pilote le dossier stratégique de la décarbonation. Olivier, 33 ans, a choisi un parcours plus discret : "Il est dans l’apprentissage, il aimerait bien reprendre un magasin", confie son père. Le ton est posé, presque modeste. Mais quand on s’appelle Leclerc, chaque mot compte.
Il faut dire que la retraite du patron effraie. "Quand il arrêtera, ce sera une perte incroyable", admet Nathalie Bordais, patronne du centre Leclerc de Concarneau, citée par le quotidien. Avant d’ajouter, pragmatique : "Nous avons l’habitude de travailler en collectif, nous sommes assez solides pour surmonter l’absence d’un Leclerc à la tête du mouvement." Une façon polie de dire que l’empire a appris à fonctionner sans couronne, mais qu’un Leclerc à sa tête, ça aide toujours un peu à la cohésion.
Car Michel-Édouard, alias "MEL" pour les intimes et les journalistes, reste un patron à part. Ni complètement chef d’entreprise, ni tout à fait star des plateaux télé, il manie la communication comme peu y parviennent dans le monde des grands patrons. Et s’il parle aujourd’hui de ses enfants, c’est avec la prudence de celui qui sait que dans ce monde, les pousser trop fort, c’est risquer la casse : "Je ne veux pas les tuer, explique-t-il. Être prédestiné peut casser. Ils doivent se faire eux-mêmes avant de penser à la suite." Et d'ajouter, lors de son passage dans Le Divan de Marc-Olivier Fogiel en 2016 : "Je serai très fier qu’un de mes enfants vienne me rejoindre. En revanche, je ne les ai pas mis à l’abri. Ce ne serait pas leur rendre service".
Un credo qui colle bien à son parcours : celui qui apprécie chez ses collaborateurs une qualité bien spécifique a bâti son histoire à contre-courant des puissants, et surtout en grand défenseur du pouvoir d’achat. Mais derrière la grande gueule se cache un homme discret sur l’essentiel : sa vie privée.
Et pour cause : les articles sur ses enfants sont extrêmement rares, voire inexsitants. Quant à son épouse, Natalia Olzoeva-Leclerc, elle n’apparaît que par éclats : une photo ici, une exposition caritative par là. Née à Oufa, en Russie, diplômée de la Paris School of Tourism and Communication, cette femme élégante et cultivée est aujourd’hui responsable des relations extérieures de MEL Publisher, la maison d’édition d’art contemporain que le couple a fondée en 2014. À ses côtés, celui qui se qualifiait de "très bon père" lors de son passage dans l'ancienne émission diffusée France 3 semble avoir trouvé l’équilibre.
Ce duo discret partage aussi un engagement : la lutte contre Alzheimer. En 2019, on les apercevait ensemble au gala de la Fondation pour la recherche sur cette maladie. Mais l’homme au sourire malicieux n’est jamais là où on l’attend. Quand Challenges s’interroge sur une éventuelle candidature présidentielle en 2027, il s'amuse à entretenir l’ambiguïté : "Je n’ai pas de rêve présidentiel… mais ça peut venir." Un peu comme ses enfants : ils ne sont pas encore prédestinés, mais qui sait ?
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