Une vieille photo apparaît sur votre téléphone. Vous vous souvenez de l'ami à vos côtés et ouvrez votre messagerie. Votre dernière conversation remonte à plusieurs mois. Vous tapez : "Salut, comment vas-tu depuis le temps ?" Puis vous effacez votre message. Peut-être est-il occupé. Peut-être que trop de temps s'est écoulé. Pourtant, les recherches en psychologie montrent que nos craintes ne reflètent pas toujours la réaction de nos interlocuteurs. Un message inattendu peut ainsi susciter une agréable surprise.
La chercheuse Peggy Liu et ses collègues SoYon Rim, Lauren Min et Kate Min se sont penchées sur cette question dans une étude intitulée The Surprise of Reaching Out: Appreciated More Than We Think.
Publiée en 2022 dans le Journal of Personality and Social Psychology, cette étude a comparé les attentes des personnes qui reprenaient contact avec quelqu'un aux réactions réelles des destinataires.
Lors d'une expérience, des étudiants ont rédigé un message destiné à un ami avec lequel ils n'avaient pas échangé depuis un certain temps. Ils devaient ensuite estimer à quel point leur ami apprécierait cette attention. Les chercheurs ont transmis les messages et recueilli les réactions des destinataires.
Résultat : les expéditeurs avaient largement sous-estimé le plaisir suscité par leur démarche. Ces observations concernent des prises de contact ordinaires et ne signifient pas que toutes les relations rompues peuvent être renouées. Elles montrent néanmoins que nos appréhensions ne sont pas toujours justifiées.
Les chercheurs ont notamment identifié l'effet de surprise comme une explication possible. Plus la prise de contact était inattendue, plus les expéditeurs avaient tendance à sous-estimer la réaction positive des destinataires, notamment lorsqu'ils n'étaient plus très proches.
Imaginez recevoir un message d'un ancien camarade de classe qui vient de réécouter une chanson que vous aimiez tous les deux. Ce qui vous touche, c'est avant tout de savoir que quelqu'un a pensé à vous. L'expéditeur, de son côté, peut surtout craindre que sa démarche paraisse étrange ou maladroite.
Un autre phénomène psychologique peut aider à comprendre cette hésitation : le liking gap, que l'on pourrait traduire par "écart de sympathie". Il désigne notre tendance à sous-estimer à quel point les autres nous apprécient après une conversation.
Les psychologues Erica Boothby, Gus Cooney, Gillian Sandstrom et Margaret Clark ont étudié ce phénomène dans un article publié en 2018 dans la revue Psychological Science.
Dans différentes situations, les participants avaient tendance à penser que leurs interlocuteurs les avaient moins appréciés que ce que ces derniers déclaraient réellement. Cet écart a également été observé au fil du temps chez des étudiants qui nouaient de nouvelles relations.
Une personne peut ainsi terminer une discussion en se disant : "J'ai trop parlé." Alors que son interlocuteur repart avec une impression bien différente : "J'ai passé un très bon moment."
Bien que ces recherches portent sur des conversations en face à face, elles montrent que notre perception des échanges peut être influencée par nos propres insécurités.
Les psychologues Lara Aknin et Gillian Sandstrom ont également exploré la reprise de contact dans une étude publiée en 2024 dans Communications Psychology.
À travers sept expériences, elles ont constaté que de nombreuses personnes hésitaient à renouer avec d'anciens amis. Les participants étaient d'autant moins enclins à faire le premier pas qu'ils avaient le sentiment que ces amis étaient devenus des inconnus. Avoir été proche de quelqu'un par le passé ne signifie pas toujours savoir comment renouer le dialogue aujourd'hui.
Un ancien camarade de classe, par exemple, peut nous rappeler de bons souvenirs sans que nous sachions forcément de quoi lui parler aujourd'hui.
Une autre expérience a permis d'identifier une piste intéressante. Les participants devaient soit envoyer d'abord un message à un ami avec lequel ils étaient toujours en contact, soit simplement consulter les réseaux sociaux. Ensuite, 53 % des personnes ayant commencé par envoyer un message ont repris contact avec un vieil ami, contre seulement 31 % dans l'autre groupe.
Ce résultat suggère qu'un premier échange avec une personne familière peut aider à surmonter l'appréhension de recontacter quelqu'un que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Il ne s'agit toutefois pas d'une méthode dont l'efficacité est garantie pour tout le monde.
Des recherches consacrées à l'expression de la gratitude montrent que nous accordons parfois trop d'importance à la formulation de nos messages.
Dans une étude publiée en 2018, Amit Kumar et Nicholas Epley ont demandé à des participants d'écrire des lettres de remerciement. Les auteurs avaient tendance à sous-estimer les émotions positives ressenties par les destinataires, tout en surestimant la gêne que leur démarche pourrait provoquer.
Les chercheurs ont également mis en évidence une différence de perception : les personnes qui écrivent se préoccupent de trouver les mots justes, tandis que celles qui reçoivent le message retiennent surtout la sincérité et la chaleur de l'attention.
Une lettre de remerciement est évidemment différente d'un simple message envoyé à un ancien ami. Un message tout simple peut néanmoins suffire : "J'ai entendu notre chanson préférée aujourd'hui et j'ai pensé à toi. Comment vas-tu depuis le temps ?"
Une manière d'ouvrir la porte à une conversation sans pression, tout en laissant à l'autre la liberté de répondre à son rythme. Après tout, reprendre contact ne nécessite pas forcément de justifier chaque mois de silence.